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Le chiffre
Chicago, 12 août. Quatre économistes de l’université de Chicago et d’ADP Research ont épluché les fiches de paie d’environ 16 millions de salariés américains par mois : entre décembre 2020 et décembre 2024, 37 % des salariés des États-Unis ont vu leur salaire réel baisser. Le working paper 2026-108 du Becker Friedman Institute répond ainsi à une énigme nationale : pourquoi les Américains restent-ils moroses quand les courbes moyennes remontent ?
37 %des salariés américains ont perdu du salaire réel entre décembre 2020 et décembre 2024
La définition est stricte : le salaire de base de chaque personne, suivi sur quatre ans et déflaté par l’indice des prix, en comptant même ceux qui ont changé d’employeur. Chez les salariés restés quatre ans dans la même entreprise, la proportion de perdants grimpe à 43 %. Parmi eux, la perte médiane avoisine 9 %, et 58 % de l’ensemble des salariés terminent la période sous leur tendance d’avant-pandémie. Le salarié médian resté en poste gagnait pourtant 2 à 4 % de pouvoir d’achat sur quatre ans. La moyenne monte, un gros tiers décroche : les deux sont vrais en même temps.
Des augmentations figées quand l’inflation s’envole
Le mécanisme tient dans une habitude des ressources humaines : la plupart des entreprises américaines appliquent à presque tous leurs salariés une même hausse annuelle, calée entre 2 et 4 %. Quand l’inflation a culminé à 9 % en juin 2022, cette norme n’a presque pas bougé. Restaient deux issues : changer d’employeur (les salaires des partants ont suivi les prix presque un pour un) ou décrocher une augmentation hors cycle. Or bouger reste rare. Les perdants sont d’abord les plus âgés : 55 % des 50 ans et plus ont perdu du salaire réel, car ils changent moins d’entreprise et y gagnent moins quand ils le font. Les gagnants sont en bas de l’échelle : plus mobiles (40 % des deux premiers déciles ont changé d’emploi en 2021, contre 30 % ailleurs), les bas salaires ont gardé une progression réelle positive.
Mises côte à côte, ces parts de perdants racontent l’épisode mieux qu’une courbe moyenne.

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En France, le paradoxe s’inverse
Selon nos calculs, en France sur la même période 2020-2024, le salaire net moyen réel du privé a reculé d’environ 2,2 % : nous avons chaîné les quatre évolutions annuelles en euros constants publiées par l’Insee, soit -1,3 % en 2021, -1,0 % en 2022, -0,8 % en 2023 et +0,9 % en 2024. Les salariés restés en poste chez le même employeur ont, eux, gagné environ 5,5 % de salaire réel (chaînage de la rémunération moyenne des personnes en place : +0,8 %, +1,3 %, +0,7 %, puis +2,6 %). Le miroir est inversé. Aux États-Unis, il fallait bouger pour suivre les prix ; en France, rester payait, grâce au Smic indexé et aux minima de branches renégociés. La moyenne d’ensemble plie sous le jeu des entrées et sorties : les jeunes entrants gagnent nettement moins que les générations partant à la retraite.
France, tous salariés du privé-2,2 %
France, salariés restés en poste+5,5 %
Unité : évolution cumulée du salaire net moyen en équivalent temps plein, en euros constants, 2020-2024, chaînage AAP des évolutions annuelles Insee. Limites : moyennes annuelles (l’étude américaine compare des décembres), champ Insee élargi en 2024, et la série des personnes en place chaîne quatre cohortes, pas les mêmes individus sur quatre ans.
Le tableau ci-dessous résume ce que chaque pays sait mesurer.
| Indicateur, 2020-2024 | États-Unis (BFI, déc. 2020-déc. 2024) | France (Insee, moyennes annuelles) |
|---|---|---|
| Part de salariés en perte de salaire réel | 37 % (43 % chez les fidèles à leur entreprise) | non publiée |
| Perte médiane chez les perdants | environ 9 % | non publiée |
| Salaire réel moyen, évolution cumulée | médiane des restés en poste : +2 à +4 % | -2,2 % (calcul AAP) |
| Restés en poste, moyenne cumulée | en dessous de la tendance pour 58 % des salariés | +5,5 % (calcul AAP, RMPP) |
Ce trou du tableau est le vrai enseignement : la statistique vedette américaine n’a pas d’équivalent français. L’Insee publie des moyennes et des déciles de niveaux, pas la distribution des évolutions individuelles ; la part de Français dont la paie réelle a baissé est donc incalculable avec les données publiées. Avec des restés en poste à +5,5 % en moyenne, un tiers de perdants à l’américaine paraît improbable, mais la question reste ouverte. Elle pèse sur le même débat qu’outre-Atlantique, celui du pouvoir d’achat vécu, des courses aux dépenses de santé contraintes. La morosité américaine n’était pas une illusion d’optique. C’était une moyenne.
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Article créé en collaboration avec l’IA.
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