Rayon de supermarché garni de tablettes de chocolat sombres, étiquettes de prix floues et illisibles

Le cacao a perdu 59 % : où sont passés 57 centimes par tablette

Le cours mondial du cacao a chuté de 59 % depuis janvier 2025, l’indice INSEE du chocolat a gagné 15,3 %. Notre calcul chiffre l’écart à 57 centimes de fève par tablette de 100 grammes.

Sommaire
  1. En bref
  2. Deux courbes, deux directions
  3. 57 centimes de fève en moins par tablette
  4. La fève pesait la moitié du prix, elle en pèse un sixième
  5. La couverture à terme explique le retard, pas sa durée
  6. De l’autre côté de la chaîne, la baisse fait mal
  7. Ce que vous pouvez vérifier au rayon
  8. Questions courantes

Panorama

En bref

  • 59 % : c’est la chute du cours mondial du cacao, passé de 10 710 dollars la tonne en janvier 2025 à 4 395 dollars en juin 2026, en moyenne mensuelle.
  • Sur la même fenêtre, l’indice INSEE des prix du chocolat en France a gagné 15,3 %, et il monte encore en juillet 2026.
  • Écart entre la matière première et le rayon : 74,3 points en dix-sept mois.
  • Notre calcul : la fève contenue dans une tablette de 100 g à 70 % de cacao est passée de 0,91 euro à 0,33 euro. Soit 57 centimes de moins par tablette.
  • La couverture à terme explique le décalage. Elle n’explique pas qu’il dure : les achats des chocolatiers portent sur douze à dix-huit mois.

Vous payez votre tablette de chocolat plus cher qu’il y a dix-huit mois. Le cacao, lui, s’est effondré. Selon la série mensuelle du Fonds monétaire international, reprise par la Fed de Saint-Louis, le cours mondial valait 10 710 dollars la tonne en janvier 2025. Il en vaut 4 395 en juin 2026, dernier point publié. Au creux de mars 2026, il était descendu à 3 241 dollars : divisé par 3,3 en quatorze mois.

Le rayon français n’a pas suivi. L’indice INSEE des prix du chocolat ne recule pas. Il valait 91,84 en janvier 2025 (base 100 en 2025), il affiche 106,19 en juillet 2026. Personne ne publie l’écart entre ces deux courbes ni ce qu’il représente dans une tablette. Nous l’avons calculé.

Deux courbes, deux directions

Le graphique ci-dessous porte les deux séries sur la même fenêtre de dix-sept mois. La première vue montre la matière première, la seconde ce que le consommateur français paie. Basculez de l’une à l’autre : la leçon change de camp.

Vue 1 : la matière première. En dix-sept mois, la tonne de cacao passe de 10 710 à 4 395 dollars, avec un creux à 3 241 dollars en mars 2026. Limite : moyennes mensuelles du cours mondial, qui lissent les à-coups quotidiens.
Vue 1 : la matière première. En dix-sept mois, la tonne de cacao passe de 10 710 à 4 395 dollars, avec un creux à 3 241 dollars en mars 2026. Limite : moyennes mensuelles du cours mondial, qui lissent les à-coups quotidiens.
Reprendre ce graphique

Réutilisez ce graphique librement sur votre site, en citant Actu Alt Plus. Copiez le code ci-dessous :

Vue 2 : le rayon. Sur la même fenêtre, l’indice INSEE des prix du chocolat passe de 91,84 à 105,93, sans un seul recul durable. Limite : c’est un indice de prix, pas un prix moyen en euros, et il agrège tablettes, poudres et confiseries à base de cacao.
Vue 2 : le rayon. Sur la même fenêtre, l’indice INSEE des prix du chocolat passe de 91,84 à 105,93, sans un seul recul durable. Limite : c’est un indice de prix, pas un prix moyen en euros, et il agrège tablettes, poudres et confiseries à base de cacao.

La lecture tient en une phrase : la matière première a perdu 58,96 % quand l’indice de détail gagnait 15,34 %, soit 74,3 points d’écart entre janvier 2025 et juin 2026. Le rebond du printemps 2026 (le cacao remonte de 3 241 à 4 395 dollars entre mars et juin) ne change pas l’ordre de grandeur : même à 4 395 dollars, la tonne reste 59 % sous son pic.

57 centimes de fève en moins par tablette

Une tonne de cacao ne dit rien à un client de supermarché. Ramenons-la à une tablette. Le calcul demande trois entrées et une hypothèse, toutes posées ici pour que vous puissiez le refaire.

Prenez une tablette de 100 g de chocolat noir à 70 % de cacao. Elle contient donc 70 g de matière issue de la fève (pâte de cacao et beurre de cacao). Il faut plus de fèves que cela pour les obtenir : la coque et l’humidité partent au traitement, et le rendement usuel tourne autour de 80 %. Soit 70 / 0,80 = 87,5 g de fèves par tablette.

Reste à valoriser ces 87,5 g aux deux dates. En janvier 2025, à 10 710 dollars la tonne, elles valaient 0,937 dollar ; au taux de change mensuel de la Banque centrale européenne (1,0354 dollar pour un euro), cela fait 0,91 euro. En juin 2026, à 4 395 dollars la tonne et 1,1518 dollar pour un euro, elles valent 0,33 euro. Selon nos calculs, la fève contenue dans une tablette de 100 g à 70 % de cacao a donc perdu 0,57 euro entre janvier 2025 et juin 2026. Au point bas de mars 2026, il montait à 0,66 euro.

Ces 57 centimes sont la somme que la baisse des cours aurait pu rendre au rayon, tablette par tablette, à recette constante. Le tableau ci-dessous suit les trois grandeurs mois par mois.

Cours du cacao, valeur de la fève dans une tablette de 100 g à 70 % et indice INSEE du chocolat en France. Sources : FMI (cours mensuel), BCE (change), INSEE (indice base 100 en 2025). Colonne « fève » : calcul Actu Alt Plus.
MoisCours du cacao (dollars/tonne)Fève dans une tablette de 100 g (euros)Indice INSEE prix du chocolat
Janvier 2025 (pic)10 7100,9191,84
Octobre 20255 9540,45102,84
Mars 2026 (point bas)3 2410,25103,73
Juin 20264 3950,33105,93
Juillet 2026non publiénon calculé106,19

Deux limites, tout de suite. Le rendement de 80 % est un ordre de grandeur, pas une constante d’usine. Et notre modèle est plutôt haut : appliqué à mars 2024 sur une tablette à 75 % de cacao, il sort 0,63 euro de fève, quand le journal professionnel Les Marchés en annonçait 0,53. Le raisonnement tient sur des ordres de grandeur, pas à la décimale près.

Un mot sur la source du cours, enfin. Le tableau public des prix quotidiens de l’Organisation internationale du cacao s’arrête au 7 octobre 2024, et ses séries complètes sont passées sur abonnement. Nous avons donc retenu la série mensuelle du FMI, publique, actualisée et bâtie sur les mêmes marchés de Londres et New York.

Tas de fèves de cacao brutes posé à côté d’une tablette de chocolat noir de 100 grammes cassée en carrés
Il faut environ 87,5 grammes de fèves pour une tablette de 100 grammes à 70 % de cacao : 0,91 euro de matière en janvier 2025, 0,33 euro en juin 2026.

La fève pesait la moitié du prix, elle en pèse un sixième

Le même calcul répond à une question que presque personne ne publie : quelle part du prix d’une tablette part réellement dans la fève ?

Les Marchés situaient en mars 2024 une tablette noire conventionnelle à 1,50 euro. Réindexée sur l’indice INSEE du chocolat, cette même tablette ressort à 1,62 euro en janvier 2025 et à 1,87 euro en juin 2026. Rapportée à ces prix, la fève pesait 56 % du ticket en janvier 2025. Elle en pèse 17,9 % en juin 2026. Trente-huit points de moins.

Sur une tablette de marque à 3 euros, les mêmes 87,5 g de fèves représentaient 30 % du prix au pic et 11 % aujourd’hui. Le chiffre change avec la gamme, la direction non. En janvier 2025, l’entrée de gamme vendait un produit dont la matière première engloutissait plus de la moitié du prix affiché. C’est cela que les hausses de 2024 et 2025 ont rattrapé. La question posée aujourd’hui est différente : le rattrapage est fait, et le prix reste.

La couverture à terme explique le retard, pas sa durée

L’explication avancée par la filière est réelle et vérifiable. Un chocolatier n’achète pas ses fèves au cours du jour : il les achète à terme, des mois à l’avance, pour sécuriser ses volumes. Le chocolat vendu aujourd’hui a donc été payé au prix d’hier, parfois au prix du pic. L’UFC-Que Choisir le documentait le 1er avril 2026 : les prix des chocolats de Pâques montaient encore de 4 % alors que le cours baissait depuis près d’un an, et l’association pointait précisément les achats antérieurs.

Le point de bascule est arithmétique. Si la couverture porte sur douze à dix-huit mois, le cacao acheté au pic de janvier 2025 est consommé au plus tard à l’été 2026. Nous y sommes. Les tablettes de la rentrée 2026 sont fabriquées avec des fèves achetées après l’effondrement des cours. Le décalage a joué son rôle ; à partir de maintenant, il ne l’explique plus.

Le reste du prix ne bouge pas au même rythme : sucre, lait, emballage, énergie de torréfaction, transport, et les marges de l’industriel comme du distributeur. La Banque mondiale rappelait début 2025 que la production mondiale avait chuté de 14 % en 2023-2024, à 4,2 millions de tonnes, et anticipait déjà un reflux des cours. Ce reflux est arrivé plus vite que prévu.

Fèves de cacao séchant sur des claies de bois au soleil, un planteur vu de dos les ratissant
La Côte d’Ivoire et le Ghana fournissent environ 60 % du cacao mondial : la chute des cours frappe aussi leurs planteurs.

De l’autre côté de la chaîne, la baisse fait mal

Un cours divisé par trois n’est pas une bonne nouvelle partout. La Côte d’Ivoire et le Ghana fournissent environ 60 % du cacao mondial, et leurs planteurs encaissent la volatilité dans les deux sens. Les filières à prix plancher amortissent ce mouvement : nous avons documenté ce mécanisme chez les coopératives colombiennes, où le prix payé au producteur est négocié à l’avance et ne suit pas le marché de Londres.

C’est la contrepartie rarement dite du débat sur le prix en rayon : la même volatilité qui a servi d’argument aux hausses de 2024 menace aujourd’hui le revenu des planteurs. Un cours qui monte et redescend en dix-huit mois ne finance ni la replantation ni l’agroforesterie.

Ce que vous pouvez vérifier au rayon

Trois gestes suffisent à savoir où vous en êtes, sans attendre que l’indice bouge.

Regardez le prix au kilo, pas le prix affiché. La hausse des dix-huit derniers mois est passée en partie par le grammage : une tablette qui glisse de 100 à 90 g au même prix, c’est 11 % d’augmentation invisible sur l’étiquette. Le prix au kilo, obligatoire en linéaire, la rend visible.

Comparez les marques nationales aux marques de distributeur. L’UFC-Que Choisir relevait en avril 2026 des hausses de 7 à 10 % sur plusieurs grandes marques, quand les chocolats de marque distributeur restaient stables. L’écart de trajectoire est le vrai signal.

Et surveillez l’indice INSEE plutôt que les annonces. Il paraît chaque mois, il est gratuit, et il dira avant tout communiqué si les 57 centimes de fève économisés commencent à redescendre dans le rayon. Au 14 août 2026, la réponse est non.

Questions courantes

Pourquoi le prix du chocolat ne baisse-t-il pas alors que le cacao s’effondre ?
Parce que les chocolatiers achètent leurs fèves à terme, douze à dix-huit mois à l’avance : le chocolat vendu en 2026 a été payé au cours de 2025, souvent au plus haut. Ce décalage explique le retard, mais il arrive à son terme, puisque les fèves achetées après la chute des cours entrent en production à l’été 2026.

Combien de cacao y a-t-il vraiment dans une tablette de 100 grammes ?
Une tablette de chocolat noir à 70 % contient 70 grammes de matière issue de la fève, pâte et beurre de cacao confondus. En tenant compte du rendement de transformation, d’environ 80 %, il faut compter à peu près 87,5 grammes de fèves brutes par tablette. C’est cette quantité que nous avons valorisée au cours mondial.

Combien la baisse des cours représente-t-elle par tablette ?
Environ 57 centimes. Les 87,5 grammes de fèves valaient 0,91 euro en janvier 2025, au pic des cours, et 0,33 euro en juin 2026. Au point bas de mars 2026, l’écart atteignait 66 centimes. C’est une valeur de matière première, pas une promesse de remise en caisse.

La baisse finira-t-elle par arriver en rayon ?
Rien ne l’impose. Une baisse de prix de détail se négocie chaque année entre industriels et distributeurs, et le reste du coût, sucre, lait, emballage, énergie, transport, n’a pas reculé. L’indice INSEE du chocolat, publié chaque mois, est le meilleur juge de paix : il montait encore en juillet 2026.

La chute des cours est-elle une bonne nouvelle pour les producteurs ?
Non. La Côte d’Ivoire et le Ghana fournissent environ 60 % du cacao mondial et leurs planteurs subissent la volatilité dans les deux sens. Les filières à prix plancher, négocié à l’avance, amortissent ces mouvements et sécurisent le revenu quand le marché s’effondre.

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Article créé en collaboration avec l’IA.

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