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Un grenier de Cold Spring, dans l’État de New York, un carton oublié sous la poussière, un gamin qui fouille et qui demande à son père ce que c’est. Ce jour-là, sans le savoir, Henry Gretzinger vient de réveiller la plus longue rêverie de l’art contemporain. Son père, Jerry, avait commencé en 1963 à griffonner la carte d’une ville imaginaire pour tromper l’ennui d’un travail morne. Il l’avait remisée en 1983. Aujourd’hui, l’oeuvre compte près de 3 600 panneaux de papier qui, mis bout à bout, couvriraient la surface d’un terrain de basket. Et le plus vertigineux n’est pas sa taille, mais ce qui la commande : un jeu de cartes.
En bref
- Commencée en 1963, mise au grenier en 1983, la carte a été relancée vers 2003 après que le fils de l’artiste l’a retrouvée, selon le site officiel du projet.
- L’ensemble compte quelque 3 600 panneaux de 8 par 10 pouces ; réunis, ils couvriraient l’équivalent d’un terrain de basket, rapporte The Magazine Antiques.
- Chaque séance de travail est déclenchée par une carte tirée d’un deck d’une centaine de cartes conçu par l’artiste : elle dit quoi peindre, où, et dans quel sens.
- Le monde a même sa propre chronologie : à chaque hausse de 1 % de sa population fictive, Jerry fait passer une année.
Une ville née d’un ennui de bureau
Tout commence à l’été 1963. Jerry Gretzinger, alors jeune homme happé par un emploi sans relief, occupe ses heures creuses à dessiner. Pas un paysage, pas un visage : une carte. Des pâtés de maisons, des routes, des rivières et des lacs, tracés au crayon, à l’encre de Chine et à la gouache, pour une cité qui n’existe nulle part. Son goût des cartes lui vient de l’enfance, des pages du National Geographic qu’il feuilletait, raconte-t-il au magazine américain. La carte grandit, déborde, puis la vie reprend ses droits. Mariage, enfants, une entreprise de mode dirigée avec sa femme. En 1983, il glisse le tout au grenier et n’y pense plus.

Vingt ans de silence. La carte dort dans un grenier de Cold Spring pendant que Jerry mène une autre vie, loin des pinceaux. Puis ce fameux jour où son fils exhume le carton. Jerry souffle la poussière, et la machine repart. Sauf qu’entre-temps, l’homme a changé, et son rapport à l’oeuvre aussi. Il ne veut plus seulement dessiner sa ville : il veut être surpris par ce qu’elle deviendra sous sa main.
Le hasard comme chef d’orchestre
C’est là que tout bascule. Pour ne plus décider lui-même, Jerry confie les commandes à un paquet de cartes de sa fabrication, aujourd’hui fort d’une centaine d’unités. À chaque cycle, il en tire une. La carte porte une instruction et un grand chiffre, noir ou rouge. Le chiffre mesure la quantité de travail à accomplir ; la couleur donne le sens de progression, horaire pour le noir, antihoraire pour le rouge. L’instruction, elle, ordonne de peindre, de coller, de fabriquer un panneau vierge à partir de cartons de céréales découpés, ou même de modifier le deck lui-même.

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Le geste reste celui de Jerry, mais la décision lui échappe. Il l’a dit joliment : sa main pose la peinture, puis il recule et regarde les feuilles comme s’il n’en était pas l’auteur, juste le témoin. On retrouve là une vieille tentation des artistes, celle de laisser le hasard tenir le pinceau, de l’écriture automatique des surréalistes au tirage au sort. Sauf qu’ici, le protocole tient depuis soixante ans.
Pour saisir ce que donne ce rituel au quotidien, rien ne vaut de le voir à l’oeuvre.
On y suit le geste lent, le pinceau qui revient, la patience d’un homme qui peint un pays qu’il est seul à connaître.
Cartographier un monde pour mieux y croire
Ce qui touche, dans cette carte, c’est qu’elle prend son monde imaginaire au sérieux jusqu’à l’absurde tendre. Les villes ont une démographie : Jerry tient à jour la population de chaque cité, et quand le total grimpe de 1 %, il décrète une nouvelle année dans le temps de la carte. Il baptise même ses villes d’après des personnalités décédées dans le monde réel cette année-là. Et comme ses visiteurs réclamaient l’histoire de ce territoire, il a fini par lui inventer un mythe fondateur : une sorte de zoo humain peuplé d’êtres ramenés à la vie par une dimension supérieure.
Cette obstination douce a un nom, et il est français. En 1945, le peintre Jean Dubuffet forge l’expression art brut pour désigner ces oeuvres d’autodidactes qui créent à l’écart des circuits, mus par leur seule pulsion intérieure. Sa collection, donnée à Lausanne en 1971, en a fait un mouvement à part entière. La carte de Jerry, montrée une vingtaine de fois dans des musées depuis 2003, en est une cousine éclatante : un homme seul, un système privé, un univers entier.

Reste une question que la carte ne tranche jamais. Où s’arrête un monde qui grandit d’un pour cent à la fois, panneau après panneau, carte après carte ? À plus de quatre-vingts ans, Jerry continue de tirer. Tant qu’une main posera la prochaine couleur, la réponse restera la même : nulle part.
Questions courantes
Qui est Jerry Gretzinger ?
Un artiste américain, ancien dirigeant d’une maison de mode, qui dessine depuis 1963 la carte d’une ville imaginaire. Son oeuvre, intitulée Jerry’s Map, est exposée dans des musées depuis le début des années 2000.
Comment fonctionne le jeu de cartes ?
L’artiste tire une carte d’un paquet d’une centaine d’unités qu’il a créé. Chaque carte porte une instruction (peindre, coller, créer un panneau) et un chiffre qui fixe la quantité de travail. La couleur de la carte donne le sens de progression sur la carte.
Quelle est la taille de l’oeuvre ?
Environ 3 600 panneaux de 8 par 10 pouces, plus de 4 000 produits au total. Assemblés, ils couvriraient la surface d’un terrain de basket, selon l’artiste.
Le monde de la carte a-t-il une histoire ?
Oui. Jerry suit la population fictive de ses villes et fait avancer le calendrier de la carte d’une année à chaque hausse de 1 %. Il a aussi inventé un mythe fondateur pour répondre aux questions des visiteurs.
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Article créé en collaboration avec l’IA.
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