un petit groupe d'enfants assis en cercle dans l'herbe d'un parc, carnets sur les genoux, vus de loin et de dos, lumière douce du matin

L’école qui se fait dehors : pourquoi de plus en plus de classes sortent (et ce que ça change)

À Paris, le nombre de classes qui font cours dehors a bondi de 40 % en un an : au moins 265 classes, plus de 5 000 élèves. Au-delà de l'image bucolique, ce que la recherche établit vraiment sur ses bénéfices, et les freins très concrets qu'elle rencontre.

Sommaire
  1. Faire cours sous les arbres, vraiment ?
  2. Ce que la recherche établit (et ses nuances)
  3. Une vague qui se heurte au réel
  4. Une matinée, dehors
  5. Questions courantes

On les repère à leurs bottes alignées dans le couloir et aux joues rouges des enfants qui rentrent. La « classe dehors » n’est plus la lubie de quelques maîtresses militantes. À Paris, le nombre de classes qui font cours à l’extérieur a bondi de 40 % en un an, d’après une étude publiée sur OpenEdition : au moins 265 classes, plus de 5 000 élèves. Une petite révolution douce, dont peu de parents ont vraiment conscience, et qui mérite qu’on regarde au-delà de la jolie image.

En bref

  • À Paris, au moins 265 classes font cours dehors, soit plus de 5 000 élèves, un nombre en hausse de 40 % sur un an (étude OpenEdition).
  • La pratique est soutenue par le programme « Notre école, faisons-la ensemble » de l’Éducation nationale.
  • On y enseigne les mêmes disciplines qu’en classe, français, maths, sciences, mais ancrées dans le concret, dehors.
  • L’adhésion des élèves est forte mais décroît avec l’âge : 63 % en maternelle, contre 48 % au lycée.

Faire cours sous les arbres, vraiment ?

L’image fait sourire : des enfants assis dans l’herbe, un cahier sur les genoux. La réalité est plus structurée. La classe dehors n’est pas une récréation prolongée, mais le déplacement du même programme dans un autre décor, le parc voisin, la cour végétalisée, parfois un bout de forêt. On y compte des feuilles pour faire des maths, on y observe un insecte pour aborder le vivant, on y écrit ce qu’on voit pour travailler le français. Le savoir devient tangible, immédiat, plutôt que confiné entre quatre murs.

Ce n’est pas une nouveauté venue de nulle part : les pédagogies de plein air existent depuis longtemps, notamment en Europe du Nord, où les forêts-écoles font partie du paysage. Ce qui change chez nous, c’est l’ampleur, et la vitesse à laquelle des enseignants français s’en emparent, souvent de leur propre initiative. Voyons à quoi cela ressemble, concrètement, au pied d’un arbre.

de petites mains d'enfant tiennent une feuille d'arbre et une loupe au-dessus d'un carnet, herbe en fond
de petites mains d'enfant tiennent une feuille d'arbre et une loupe au-dessus d'un carnet, herbe en fond

Tout part le plus souvent d’un geste minuscule : une feuille ramassée, une loupe braquée dessus, un carnet ouvert sur les genoux. C’est là que la leçon démarre, à hauteur d’enfant.

Ce que la recherche établit (et ses nuances)

Les bénéfices avancés sont nombreux : attention, motricité, coopération, rapport apaisé à l’effort. La recherche en confirme une partie, mais invite à la prudence. Le contact avec la nature ne fait pas tout : ce qui compte, c’est aussi la manière dont l’enseignant structure la sortie, ce qu’il en fait pédagogiquement. Une classe dehors mal préparée n’a pas de vertu magique ; une classe dehors pensée comme un vrai temps d’apprentissage, oui. C’est tout l’enjeu que rappellent les ressources d’accompagnement, comme celles réunies par le Réseau Canopé.

L’enthousiasme des élèves, lui, est net, et il s’effrite avec l’âge. C’est l’un des enseignements de la grande concertation « Bâti scolaire » menée par l’Éducation nationale auprès de 10 000 contributeurs. Les plus jeunes plébiscitent ces sorties, quand les adolescents s’en montrent plus tièdes, comme si la spontanéité du dehors se heurtait peu à peu aux codes de l’école « sérieuse ».

Le détail par niveau dessine une pente régulière, presque mécanique. À mesure qu’on grandit, l’envie de sortir des murs recule : la donnée mérite qu’on s’y arrête.

Part des élèves favorables à la classe dehors par niveau : 63 % en maternelle, 62 % en élémentaire, 54 % au collège, 48 % au lycée.
Graphique Actu Alt Plus. Source : concertation Bâti scolaire (Éducation nationale), 10 000 contributeurs.

De la maternelle au lycée, on perd quinze points d’adhésion. Rien d’irrémédiable, mais un signal : pour convaincre les plus grands, il faudra sans doute repenser ce que « dehors » veut dire pour un adolescent, loin de l’imagerie du coin d’herbe.

Une vague qui se heurte au réel

Si le mouvement séduit, il bute aussi sur des freins très concrets. La météo, d’abord : faire cours dehors un matin de novembre demande de l’organisation et de l’équipement. La sécurité, ensuite : sortir de l’enceinte de l’école suppose des autorisations, des accompagnants, une vigilance accrue. La formation, enfin : improviser une leçon en extérieur ne s’apprend pas en un jour, et beaucoup d’enseignants avancent à tâtons, faute d’accompagnement.

C’est pourtant cette débrouillardise qui fait la force du mouvement : il avance par le bas, porté par des envies de terrain plus que par une circulaire. Le programme national vient soutenir un élan déjà là, plutôt que de le décréter. À Paris, la Ville a même ouvert un square du 18e arrondissement comme terrain d’entraînement, où des enseignants viennent se former deux à trois jours avec leurs élèves.

Une matinée, dehors

À quoi ressemble une vraie séance ? Souvent à peu de chose, et c’est ce qui fait sa force. Les enfants s’installent en cercle sur un coin d’herbe, un carnet à la main. La maîtresse lance une consigne, compter les nuances de vert, mesurer un tronc, décrire un bruit, et la leçon se construit à partir de ce qu’ils voient. Pas d’écran, pas de fiche : l’attention se fixe sur le réel, et les notions s’ancrent dans une expérience plutôt que dans une définition.

Le rôle de l’enseignant y est paradoxalement plus exigeant, pas moins. Il faut préparer, sécuriser, rebondir sur l’imprévu d’un nid trouvé ou d’une averse soudaine. Ceux qui s’y lancent le disent : la classe dehors ne se subit pas, elle se pense, et c’est à ce prix qu’elle tient ses promesses.

des cartables et des bottes alignés au pied d'un grand arbre dans une cour végétalisée
des cartables et des bottes alignés au pied d'un grand arbre dans une cour végétalisée

Et quand elle les tient, le bénéfice déborde la salle de classe : des enfants qui apprennent à regarder un arbre, à nommer un oiseau, à respecter un lieu emportent un peu de ce lien avec eux, bien après la sonnerie. C’est peut-être là, finalement, la vraie leçon du dehors : elle ne s’arrête pas à la grille de l’école.

Questions courantes

Qu’est-ce que la « classe dehors » ?

Réponse courte : faire cours à l’extérieur, parc, cour végétalisée, forêt, en y déplaçant le programme habituel, pas une simple sortie de loisir.

Est-ce vraiment bénéfique ?

Réponse courte : la recherche pointe des bénéfices (attention, motricité, coopération), à condition que la sortie soit bien préparée ; la nature seule ne suffit pas.

Pourquoi ça se développe maintenant ?

Réponse courte : un fort élan d’enseignants, soutenu par le programme « Notre école, faisons-la ensemble » ; à Paris, +40 % de classes en un an.

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« Clara » est la voix éditoriale d’Actu Alt Plus pour les Histoires humaines : récits incarnés, attention aux personnes, initiatives locales et solidarités souvent invisibles.

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