Ballon sonore de cécifoot posé sur une pelouse avec joueurs masqués en arrière-plan

Cécifoot à Lens : le 6 juin, le football ferme les yeux et se joue à l’oreille

Le 6 juin, à La Gaillette, le RC Lens accueille les finales du championnat de France de cécifoot. Ballon à grelots, cri « voy » et confiance aveugle : un football où le plus beau n'est pas au tableau d'affichage.

Publié le 4 juin 2026 · Mis à jour le 5 juin 2026 à 5h44

La première consigne, sur un terrain de cécifoot, ne s’adresse pas aux joueurs. Elle s’adresse au public : se taire. Parce qu’ici, on ne joue pas avec les yeux mais avec les oreilles, et un éclat de voix mal placé peut effacer un but. Drôle de paradoxe pour un sport né du football, ce vacarme organisé. Le 6 juin, à Lens, ce silence-là va s’installer sur les pelouses de La Gaillette, le centre d’entraînement du Racing, le temps des phases finales du championnat de France.

Sur le terrain, quatre joueurs de champ, tous non-voyants. Pour que personne ne profite d’un reste de vision, ils portent tous un bandeau : la cécité est mise à égalité. Le ballon, lui, n’est jamais tout à fait muet, il contient des grelots, et c’est à ce grésillement que les joueurs le suivent, le passent, le frappent. Autour d’eux, des voix tiennent lieu de regard : le gardien, voyant, oriente la défense ; l’entraîneur couvre le milieu depuis la touche ; et derrière le but adverse, un guide tape et appelle, comme un phare sonore au bout d’un couloir noir.

Ballon sonore de cécifoot en gros plan sur la pelouse
Le ballon sonore impose une autre manière de jouer et de regarder.

Un mot revient plus que tout autre : « Voy ». En espagnol, « j’y vais ». Tout défenseur qui fonce vers le porteur du ballon doit le crier, sous peine de faute. Ce n’est pas de la politesse, c’est de la sécurité : sans les yeux, deux corps lancés l’un vers l’autre, ça se télescope. Le jeu avance alors dans une étrange partition, le frottement des grelots, les « voy » qui fusent, la voix du guide, le ballon qui claque contre les balustrades qui ceinturent le terrain pour qu’il ne sorte jamais. Un football en braille sonore.

C’est là que le score passe au second plan. Ce qui se joue vraiment, sur ces quarante mètres, relève de la confiance pure. Un joueur de cécifoot ne dribble pas ce qu’il voit, il dribble ce qu’il a mémorisé une seconde plus tôt : la position d’un adversaire trahi par son « voy », l’appel d’un coéquipier, la trajectoire du grelot. Il fonce dans le noir en pariant que la voix de son guide dit vrai. Marquer, dans ces conditions, ce n’est pas que de la technique, c’est un acte de foi récompensé.

Que le RC Lens aligne une équipe de cécifoot a, en prime, quelque chose de savoureux. Le club de Bollaert, c’est dans l’imaginaire collectif le bruit fait sport : les chants qui montent, les voix du virage. Et voilà que sous le même blason rouge et or, une autre équipe joue dans le silence exigé, en s’appuyant sur l’oreille plutôt que sur le grondement. La section, en catégorie B1 (les non-voyants), est encadrée depuis plus d’une décennie par Michaël Derensy. Le 6 juin, à domicile, les Lensois affronteront notamment Nantes et Saint-Mandé, devant l’élite B1, la division Challenger et les malvoyants des catégories B2-B3.

Bord de terrain de cécifoot avec joueurs masqués et public flou
Le public du cécifoot alterne encouragements et silence pour laisser vivre le jeu.

Discipline paralympique, le cécifoot reste pourtant l’un des sports les moins regardés du pays, peu d’images, peu de lumière. C’est précisément pour ça qu’une journée comme celle de Lens compte. Pas pour le palmarès, qui n’intéressera qu’une poignée d’initiés, mais parce qu’elle donne à voir, le mot est presque ironique, une autre manière de jouer au football : sans la vue, avec une attention à l’autre que le foot ordinaire a parfois oubliée. Pour qui voudrait dépasser le rôle de spectateur, le réseau handisport ouvre justement des dizaines de clubs à l’essai, et l’on retrouve la même idée du côté du football pensé pour celles qu’on regardait peu.

Alors si vous passez par La Gaillette samedi, vous saurez quoi faire. Approchez-vous de la barrière, et taisez-vous. Écoutez le ballon courir, les « voy » se répondre, le guide guider. Vous comprendrez vite que le plus beau, ce jour-là, ne sera pas inscrit au tableau d’affichage : il tiendra dans ce silence que des spectateurs d’ordinaire si bavards auront accepté d’offrir à ceux qui jouent les yeux fermés.

En bref

C’est quoi, le cécifoot ?
Une adaptation du football pour déficients visuels : quatre joueurs de champ non-voyants (avec bandeau), un gardien voyant, un ballon à grelots et un guide derrière le but. Le terrain est bordé de balustrades pour que le jeu ne s’arrête jamais.

Pourquoi crie-t-on « voy » ?
Tout défenseur qui va au duel doit crier « voy » (« j’y vais », en espagnol) pour signaler son arrivée et éviter les chocs entre joueurs qui ne se voient pas.

Que se passe-t-il à Lens le 6 juin 2026 ?
Les phases finales du championnat de France se tiennent à La Gaillette : élite B1, division Challenger et catégories B2-B3. Le RC Lens, encadré par Michaël Derensy, y joue à domicile.

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Article créé en collaboration avec l’IA.

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