Petit boîtier blanc de radiosonde météo, antenne pendante, posé dans l’herbe sèche d’un champ vide au crépuscule

Elle achète un nom de domaine pour rire : huit ans après, le département de la Guerre lui réclame des données

Enregistré pour rire le 12 mai 2018, sondehub.org est devenu en huit ans une ressource que consultent l’armée américaine, le NTSB et la FAA. Nous déroulons les huit épisodes et convertissons la pratique française en volume annuel de ballons-sondes.

Sommaire
  1. En bref
  2. Une blague de radioamateur, en mai 2018
  3. 2021 : la carte trahit des sites d’artillerie
  4. Décembre 2024 : « loss of life could occur »
  5. Ce que dit la France
  6. Questions courantes

Récit

Le nom de domaine sondehub.org a été acheté pour rire en mai 2018. Huit ans plus tard, son autrice australienne reçoit des demandes de données du département de la Guerre américain, du NTSB et d’un superviseur de la FAA. Entre les deux : un cheval emballé par une radiosonde, une carte qui trahissait des sites d’artillerie et un courriel à Amazon où elle écrit « loss of life could occur ».

En bref

  • sondehub.org est enregistré le 12 mai 2018 comme simple redirection plaisantine.
  • En 2021, une installation militaire demande à ne plus figurer sur la carte : les prédictions inversées localisaient des sites de lancement.
  • En 2025, le bureau du secrétaire à la Guerre américain réclame des données : la facture envoyée n’a jamais été payée.
  • En France, les 14 stations de Météo-France diffusent déjà gratuitement les mêmes mesures.

Une blague de radioamateur, en mai 2018

Vers 2017, xssfox est initiée à la chasse aux ballons météo par Mark VK5QI. Les radiosondes sont alors suivies sur Habhub, un site conçu pour les ballons amateurs, qui finit par masquer les ballons météo par défaut. Le 12 mai 2018, sondehub.org est enregistré dans un seul but : rediriger vers Habhub avec le filtre inverse. « Plutôt une blague qu’une décision de faire tourner un service de suivi de radiosondes », résume son récit publié le 19 août 2026.

Dès juillet, l’équipe fait transiter les données par sa propre infrastructure. En 2019, Habhub sature et les premières demandes officielles arrivent. Un assureur veut savoir si une radiosonde a bien percuté un cheval, qui s’est emballé et a traversé une clôture. La raison de cet appel tient en une ligne : contrairement aux logiciels officiels de l’époque, SondeHub suivait les sondes jusqu’au sol.

2021 : la carte trahit des sites d’artillerie

Mark met ensuite au point la prédiction inversée : on part d’une radiosonde déjà en vol, on remonte le modèle de vent à l’envers, on obtient le lieu du lâcher. Cela fonctionne très bien. Trop bien. En 2021, un courriel demande que l’installation, « sensitive/military », ne soit pas explicitement portée sur une carte. Concrètement, les données de vent ne servent pas qu’à prévoir le temps : elles servent aussi à régler des tirs d’artillerie. L’équipe conserve la fonction et efface les sites sur demande justifiée.

Le 11 février 2023, un ballon de radioamateurs est abattu au-dessus des États-Unis. Le Washington Post décrit le missile employé, un AIM-9X Sidewinder. SondeHub, cité dans l’article, encaisse le pic de trafic sans tomber.

Décembre 2024 : « loss of life could occur »

Puis les alarmes se déclenchent chaque semaine sur le prédicteur. Les requêtes viennent d’une seule adresse, hébergée chez Amazon. L’équipe trace sur une carte les prédictions demandées : elles dessinent la guerre en Ukraine. Le billet précise que la précision des points publiés a été volontairement dégradée.

Suit un courriel adressé au support d’Amazon : « It is incredibly important that the http request data is not distributed. It is also important that the source AWS account is not blocked, rate limited or terminated – loss of life could occur. » Ne coupez pas ce compte, des vies en dépendent. Dans la foulée, xssfox publie de quoi héberger son propre prédicteur, pour ne plus dépendre du sien.

En 2025, le bureau du secrétaire à la Guerre américain réclame des données : une facture part, personne ne la paie, et l’autrice écrit n’avoir aucune idée de l’usage visé. En septembre 2025, le NTSB demande s’il y avait des ballons au-dessus de l’Utah entre 12 h et 13 h UTC le 16 octobre 2025. Aucun ballon suivi par SondeHub ne collait ; l’équipe signale celui d’une société privée. WindBorne a confirmé qu’un de ses ballons avait vraisemblablement frappé le pare-brise du vol UA1093, un Boeing 737 MAX à environ 36 000 pieds, dérouté de Denver vers Salt Lake City, sans blessure grave ni perte de pressurisation. « Expliquer à la FAA que les ballons météo existent n’était pas sur ma liste », note encore xssfox.

Ce que dit la France

Vous pouvez télécharger les mêmes mesures ici, gratuitement et légalement. Météo-France opère 5 stations de radiosondage en métropole et 9 outre-mer, avec un à deux lâchers par jour à 00 h et 12 h UTC, et publie les profils obtenus sous Licence ouverte Etalab sur son portail de données publiques. Nous avons converti ce rythme en volume annuel : selon nos calculs, ces 14 stations lâchent entre 5 110 et 10 220 ballons-sondes par an, soit 14 à 28 par jour selon que chaque station tire une ou deux fois.

Selon nos calculs, les 14 stations de radiosondage de Météo-France lâchent entre 5 110 et 10 220 ballons-sondes par an : la fourchette double parce que le portail officiel indique un à deux lâchers quotidiens par station, sans détailler le rythme station par station.
Selon nos calculs, les 14 stations de radiosondage de Météo-France lâchent entre 5 110 et 10 220 ballons-sondes par an : la fourchette double parce que le portail officiel indique un à deux lâchers quotidiens par station, sans détailler le rythme station par station.
Reprendre ce graphique

Réutilisez ce graphique librement sur votre site, en citant Actu Alt Plus. Copiez le code ci-dessous :

Le graphique se lit en une phrase : selon l’hypothèse retenue, le parc français double. Le problème australien ne se pose donc pas ici : les sites de lâcher français sont publiés par l’État lui-même, comme les images brutes des sondes spatiales dont les amateurs tirent des vues inédites. Côté droit, l’exploitation de ballons libres non habités passe par une autorisation de la direction générale de l’aviation civile (formulaire Cerfa 15915*01), et le ministère de la Transition écologique rappelle que l’article L541-2 du code de l’environnement rend l’organisateur responsable de ses déchets.

Sur la question de fond que soulève ce récit, le double usage militaire de données météo ouvertes, nous n’avons trouvé aucun texte ni aucune décision en droit français. Nous préférons l’écrire que le combler.

Questions courantes

Qu’est-ce qu’une radiosonde ?
Le petit boîtier émetteur accroché sous un ballon météo, qui mesure température, vent et humidité jusqu’à l’éclatement du ballon.

Pourquoi une carte de ballons météo intéresse-t-elle des militaires ?
Parce que les données de vent servent aussi à régler des tirs d’artillerie, et parce que la prédiction inversée remonte au lieu de lâcher, donc à des installations parfois sensibles.

La piste ukrainienne est-elle prouvée ?
Non. Le billet décrit des requêtes massives venues d’une seule adresse et des prédictions tracées sur la zone de guerre. L’attribution reste une déduction de l’équipe, pas une confirmation officielle.

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Article créé en collaboration avec l’IA.

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« Hugo » est la voix éditoriale d’Actu Alt Plus pour Tech, IA & Futur : ce que la technologie et l’IA changent concrètement, à hauteur d’usage plutôt que de promesse.

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