
On a fait du dodo l’idiot du bestiaire pendant trois siècles, sauf que sa région cognitive mesure exactement la taille attendue pour un oiseau de son gabarit. Le résultat vient d’une étude parue le 5 août 2026 dans le Zoological Journal of the Linnean Society, signée par Sara Citron, Andrew Iwaniuk et leurs collègues de l’université de Lethbridge, du Muséum d’histoire naturelle du Danemark et de l’université d’Oxford. L’équipe a comparé l’intérieur des crânes de Raphus cucullatus et de son cousin le solitaire de Rodrigues à 36 espèces de colombidés actuels. Elle n’y trouve aucune trace anatomique de la bêtise qu’on prête à l’oiseau. Elle y trouve autre chose : un profil sensoriel qui ne ressemble à celui d’aucun pigeon vivant.
Lire un cerveau disparu depuis trois siècles
La technique porte un nom : l’endocaste. Chez un oiseau, le cerveau remplit presque toute la boîte crânienne et en imprime le relief sur la paroi interne. Passé au scanner, un crâne vide restitue donc le moulage numérique de l’organe absent, bosses et sillons compris. « Étudier des animaux disparus tient un peu de l’enquête policière », explique Christy Anna Hipsley, du Muséum d’histoire naturelle du Danemark, citée par ScienceDaily : « le cerveau du dodo a disparu il y a des siècles, mais il a laissé une empreinte à l’intérieur du crâne ». Au total, 57 spécimens sont passés dans la machine, dont trois crânes de dodo et quatre de solitaire. Les deux seuls crânes de dodo complets connus au monde en font partie, l’un conservé à Copenhague, l’autre à Oxford.
Chaque structure se mesure ensuite en volume, puis se rapporte au total de l’endocaste. Ce dénominateur commun autorise la comparaison entre un oiseau de plusieurs kilos et une tourterelle. Nous avons repris les valeurs publiées sur une même échelle, avec une conversion : pour le pigeon de Nicobar, parent vivant le plus proche du dodo, l’article ne donne qu’un rapport (« plus de 3,5 fois »), que nous convertissons en part de cerveau à partir des 0,88 % mesurés chez le dodo.

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La lecture tient en une ligne. Le dodo réservait au traitement de l’image une fraction de cerveau 3,5 fois plus petite que celle de son cousin de Nicobar, et à l’odorat une place que peu de colombidés atteignent.
| Structure et espèce | Part du volume endocrânien |
|---|---|
| Lobes optiques, dodo | 0,88 % |
| Lobes optiques, solitaire de Rodrigues | 2,47 % |
| Lobes optiques, pigeon de Nicobar (converti par nos soins) | 3,08 % |
| Bulbes olfactifs, dodo (crâne de Copenhague) | 3,44 % |
| Bulbes olfactifs, dodo (crâne d’Oxford) | 1,36 % |
Le tableau expose aussi la principale limite de l’exercice. Les deux crânes de dodo ne donnent pas le même bulbe olfactif : 3,44 % pour celui de Copenhague, 1,36 % pour celui d’Oxford. Sur trois crânes disponibles dans le monde entier, la variation entre individus reste difficile à démêler de la caractéristique d’espèce. L’étude précise en outre qu’elle n’utilise aucune masse corporelle, ces données manquant à la plupart des spécimens de musée : tout se joue en proportions internes au cerveau.
Ce que l’étude établit, ce qu’elle avance
Un seul résultat est solidement établi, et c’est le plus gênant pour la légende. La taille du télencéphale rapportée au reste du cerveau n’est pas significativement différente chez le dodo (F = 3,27 ; P = 0,08). Les auteurs l’écrivent sans détour : la « sottise » attribuée à l’oiseau n’est pas soutenue par une différence de taille relative du télencéphale. La réhabilitation tient donc à une absence, celle du déficit qu’on supposait, et non à une prouesse cognitive nouvellement découverte.
Tout le reste relève de l’hypothèse de travail, et l’article la formule comme telle. Les lobes optiques réduits « pourraient refléter » un glissement hors d’une activité strictement diurne, ce qui ferait du dodo le seul pigeon nocturne au monde, selon la lecture rapportée par Sci.News. Les bulbes olfactifs élargis indiquent des capacités olfactives « possiblement accrues ». Un bec haut et large « pourrait exiger » davantage de mécanorécepteurs, donc un toucher plus fin. La structure de l’oreille interne suggère enfin des échanges sonores à très basse fréquence, chez le dodo comme chez le solitaire. Ces propositions sont déduites d’une anatomie, pas de comportements observés : personne n’a jamais vu un dodo se nourrir au crépuscule.

Une réputation qui arrangeait ses chasseurs
Reste à comprendre d’où vient le cliché. Les auteurs renvoient à une mécanique documentée des îles sans prédateurs : un oiseau qui n’a jamais eu de raison d’apprendre la peur ne s’enfuit pas devant un marin. La docilité a été lue comme de la stupidité, puis fixée par la littérature, d’Alice au pays des merveilles aux abécédaires pour enfants. Le dodo disparaît de Maurice au XVIIe siècle, quelques décennies après l’arrivée des Européens, et il entre dans l’imaginaire comme l’animal qui n’a pas su se sauver.
Une étiquette colle longtemps à une espèce, comme à cette grenouille du Costa Rica qui a porté soixante ans un mauvais nom. Le travail de Lethbridge ne referme pas le dossier, il déplace la charge de la preuve : trois siècles de moquerie reposaient sur une anatomie que personne n’avait mesurée. Elle l’est désormais, sur trois crânes, et elle ne dit rien de ce qu’on lui faisait dire. En France, le sujet n’a été repris jusqu’ici que par un relais grand public, une semaine après la parution.
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Article créé en collaboration avec l’IA.
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