Un adulte allongé tout habillé sur un lit défait en plein après-midi, le regard au plafond, un ordinateur portable fermé posé à côté de lui.

24 ans de recherche sur la rêverie compulsive, et toujours aucun diagnostic officiel

La rêverie compulsive porte un nom depuis 2002, une échelle de mesure traduite en plus de quarante langues et une prévalence clinique estimée à 2,5 % des adultes dans une étude israélienne. Elle ne figure ni au DSM-5-TR ni à la CIM-11, et un collectif international de cliniciens demande son inscription depuis mars 2025.

Sommaire
  1. En bref
  2. Ce que la recherche a produit
  3. Ce qui n’existe pas : une ligne dans les manuels
  4. Le détail qui sépare de la psychose
  5. Ce que vous pouvez faire sans étiquette
  6. Questions courantes

Vérif

Vous passez des heures par jour dans des mondes que vous savez imaginaires. La psychologie clinique décrit ce tableau depuis 2002 sous le nom de rêverie compulsive, défini par Eli Somer, de l’université de Haïfa, comme « une activité fantasmatique étendue qui remplace l’interaction humaine ou interfère avec le fonctionnement scolaire, interpersonnel ou professionnel ». Vingt-quatre ans plus tard, il ne figure ni au DSM-5-TR américain ni à la CIM-11 de l’OMS.

En bref

  • Eli Somer, de l’université de Haïfa, a forgé le concept en 2002 à partir de six patients.
  • Une échelle validée existe, la MDS-16, disponible en plus de quarante langues dont le français.
  • La prévalence clinique publiée vient d’Israël : 2,5 % des adultes, en 2022.
  • Ni le DSM-5-TR ni la CIM-11 ne la reconnaissent ; un collectif international en demande l’inscription depuis mars 2025.
L’affirmation« La rêverie compulsive est un trouble mental reconnu. »
Notre verdictÀ nuancer

Le dossier scientifique est réel. C’est la ligne dans le manuel qui manque, et l’écart entre les deux se paie en consultations.

Ce que la recherche a produit

Le point de départ tient en six patients. En 2002, dans le Journal of Contemporary Psychotherapy, Somer publie une enquête qualitative menée auprès de six personnes suivies dans un cabinet spécialisé dans le psychotraumatisme : quatre portaient un diagnostic de trouble dissociatif, deux un diagnostic de personnalité narcissique.

Un instrument de mesure est venu ensuite. La Maladaptive Daydreaming Scale, dite MDS-16, est un auto-questionnaire de seize items noté de 0 à 100. À partir de 40, le seuil retenu par les chercheurs rend une rêverie compulsive probable. L’échelle circule aujourd’hui en plus de quarante langues, français compris.

Reste la fréquence. En 2022, dans Frontiers in Psychiatry, Nirit Soffer-Dudek et Nitzan Theodor-Katz ont fait passer l’échelle à 1 023 Israéliens, étudiants compris. Dans l’échantillon général, 4,2 % dépassaient le seuil. Mais sur quinze personnes reçues en entretien, 60 % seulement remplissaient les critères, d’où une prévalence ponctuelle estimée à 2,5 %. Rapportés aux 53,5 millions de Français de 20 ans et plus estimés par l’Insee au 1er janvier 2026, les 2,5 % mesurés en Israël situeraient autour de 1,3 million le nombre d’adultes concernés en France. Aucune prévalence n’y a été mesurée. La pyramide des âges de l’Insee fournit le dénominateur, pas le taux.

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Ce qui n’existe pas : une ligne dans les manuels

Ni le DSM-5-TR ni la CIM-11 ne comportent d’entrée « rêverie compulsive ». Un psychiatre qui reconnaît le tableau n’a pas de code pour le nommer, et le patient qui arrive avec le mot ne trouve pas de protocole en face. Les auteurs du texte de 2025 l’écrivent sans détour : de nombreux patients concernés rapportent des prises en charge inefficaces lorsqu’ils cherchent une aide professionnelle.

C’est ce que vise le document mis en ligne le 17 mars 2025 dans The British Journal of Psychiatry. Un collectif international de chercheurs et de cliniciens, emmené par Nirit Soffer-Dudek et Eli Somer, y demande que la rêverie compulsive soit reconnue comme un trouble à part entière et rangée parmi les troubles dissociatifs. Le texte ne se contente pas de le réclamer : il chiffre des critères.

Les critères proposés pour une future entrée dans le DSM et la CIM. Source : The British Journal of Psychiatry, 226(4), avril 2025.
ÉlémentSeuil proposé
Temps quotidien de rêverie immersive1 heure ou plus
Durée d’un épisode30 minutes ou plus
Anciennetéla plupart des jours depuis 6 mois
Signes associésmouvements stéréotypés, détresse à l’interruption, tentatives de contrôle qui échouent
Retentissementdétresse ou gêne cliniquement significative
À excluredélires, hallucinations, troubles de la pensée

Aucun de ces seuils n’a force officielle : ils décrivent ce que les auteurs proposent d’inscrire, pas ce qu’un médecin peut cocher aujourd’hui.

Le détail qui sépare de la psychose

La dernière ligne du tableau est celle qui rassure le plus. La rêverie compulsive ne se caractérise ni par des délires du spectre psychotique, ni par des hallucinations, ni par des troubles de la pensée, écrivent les auteurs. Les personnes concernées distinguent leurs scénarios de la réalité. Savoir que le monde intérieur est fabriqué ne le rend pas moins envahissant, mais cela déplace le problème du côté du temps et du contrôle.

Et chez nous ?

Ce que vous pouvez faire sans étiquette

Une version francophone de l’échelle existe : la MDS-F a été validée en 2019 dans un mémoire de master de l’université de Lausanne dirigé par Daniela Jopp. Un auto-questionnaire reste un auto-questionnaire, et l’entretien clinique fait chuter les scores positifs, comme pour les tests d’attention du TDAH.

Le dispositif Mon soutien psy n’exige aucun diagnostic codé. Il s’adresse à toute personne dès 3 ans en situation de mal-être et ouvre droit à douze séances par an chez un psychologue partenaire. Chacune est facturée 50 euros et remboursée à 60 % par l’Assurance maladie, sans passage obligé par le médecin traitant. En rendez-vous, décrivez le nombre d’heures, ce que vous avez manqué à cause d’elles et ce qui se passe quand on vous interrompt : ces trois éléments ne dépendent d’aucune étiquette.

Questions courantes

Quels autres troubles accompagnent souvent la rêverie compulsive ?
Le texte de 2025 relève une comorbidité fréquente avec l’inattention, l’anxiété, les troubles obsessionnels compulsifs et la dépression. Il signale aussi, parmi les conséquences documentées, des situations de chômage et des tentatives de suicide.

Touche-t-elle davantage les jeunes adultes ?
L’enquête israélienne de 2022 trouve des taux plus élevés chez les jeunes adultes et dans les échantillons d’étudiants, entre 5,5 et 8,5 % au questionnaire de dépistage. Ses auteurs y voient un probable effet d’âge.

Pourquoi vouloir la classer parmi les troubles dissociatifs ?
Parce que le phénomène central est une immersion compulsive dans un monde imaginé qui détache la personne de son environnement, sans rupture avec le réel. C’est la catégorie que le texte d’avril 2025 propose, au motif qu’aucune entrée existante ne décrit correctement ce tableau.

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Article créé en collaboration avec l’IA.

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