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Mise en perspective
On visite un parent en Ehpad sans savoir si l’aide-soignante qui le lève chaque matin est vaccinée contre la grippe. Le 20 juillet 2026, la Haute Autorité de santé a recommandé de rendre ce vaccin obligatoire pour l’ensemble des professionnels de santé en France, ainsi que pour les autres personnels des établissements qui accueillent des personnes à risque.
Le verbe compte : la HAS recommande, elle ne décide pas. La vaccination antigrippale des soignants reste aujourd’hui fortement recommandée et non obligatoire. Prévue comme une obligation par l’article L. 3111-4 du code de la santé publique, elle a été suspendue par le décret du 14 octobre 2006 et cette suspension n’a jamais été levée, rappelle le Geres. La rendre obligatoire suppose un nouveau texte réglementaire, que la HAS ne peut pas prendre à la place du gouvernement.
Le fait
La HAS recommande « la mise en place d’une obligation vaccinale annuelle contre la grippe » pour les professionnels de santé salariés et libéraux, pour les autres personnels des établissements de santé et médico-sociaux en contact avec des personnes à risque, et pour les élèves des filières médicales et paramédicales, selon son avis rendu public le 20 juillet 2026. Le déploiement serait immédiat en Ehpad et en unité de soins de longue durée, puis progressif ailleurs sur deux ans renouvelables un an.
Le chiffre qui motive l’avis tient en une ligne. Au cours de la saison 2024-2025, la couverture vaccinale antigrippale des professionnels atteignait 20 % en établissement de santé et 21 % en Ehpad, contre 82,7 % chez les résidents de 65 ans et plus vivant en collectivité (HAS, 20 juillet 2026). L’écart atteint 61,7 points entre les deux côtés du même lit.
La même HAS écarte l’obligation pour les résidents. Leur couverture dépasse déjà le seuil de 75 % fixé par l’Organisation mondiale de la santé, et la vaccination « doit rester recommandée sans devenir obligatoire ». En face, la grippe a provoqué environ 92 000 hospitalisations et 17 000 décès en excès en 2024-2025, dont neuf sur dix chez les 65 ans et plus.
Mises côte à côte, ces quatre proportions portent tout l’argument.

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La barre des soignants d’Ehpad ne fait qu’un quart de celle des résidents qu’ils accompagnent, comme le détaille le tableau ci-dessous.
| Population | Couverture vaccinale |
|---|---|
| Résidents de 65 ans et plus en collectivité | 82,7 % |
| Seuil recommandé par l’OMS | 75 % |
| Professionnels en Ehpad | 21 % |
| Professionnels en établissement de santé | 20 % |
Notre regard
Les deux camps ne parlent pas de la même chose, et c’est pour cela qu’ils ne se croisent jamais. Le SNPI CFE-CGC soutient la recommandation et écrit le 20 juillet 2026 qu’« être soignant, c’est aussi accepter que certaines obligations professionnelles existent lorsqu’elles permettent de protéger les plus vulnérables », dans sa prise de position. La Fédération nationale des infirmiers, favorable elle aussi, rappelait le 30 octobre 2025 que sa position n’a pas varié depuis l’épidémie de Covid-19.
Le Syndicat Liberté Santé prend l’angle inverse. Dans une lettre ouverte datée du 5 août 2026, il demande à la HAS de retirer sa recommandation et invoque le consentement libre et éclairé, protégé par l’article L. 1111-4 du code de la santé publique et par la Convention d’Oviedo. Il affirme aussi qu’« une majorité très nette des experts consultés s’est prononcée défavorablement à une obligation vaccinale des professionnels de santé ».
Cette dernière phrase est une affirmation du syndicat, pas une conclusion de la HAS. La page de l’évaluation mentionne « des réserves exprimées par les parties prenantes et les experts consultés », et la HAS a publié le bilan de sa consultation publique en annexe. Les organisations infirmières, elles, ne forment pas un bloc : le SNPI et la FNI soutiennent l’obligation que le SLS demande de retirer.

La nuance
Le niveau de preuve mérite d’être posé à plat, parce qu’il est l’argument central des opposants. En juillet 2023, la HAS avait examiné la même question et demandé que « la recommandation de vaccination contre la grippe saisonnière soit à ce stade maintenue à l’identique », en soulignant un « faible niveau de preuve » sur l’impact de la vaccination des soignants pour protéger les patients, dans son actualisation de 2023. Trois ans plus tard, elle recommande l’obligation.
Ce qui a changé n’est pas la preuve, c’est la courbe. Selon nos calculs, la couverture vaccinale des professionnels en Ehpad est passée de 24,7 % lors de la saison 2022-2023, chiffre cité par la HAS dans ce document de 2023, à 21 % en 2024-2025 : 3,7 points de moins en deux saisons, quand l’objectif national de la stratégie nationale de prévention est fixé à 70 %. La HAS s’appuie par ailleurs sur la Finlande et les États-Unis, où une obligation a porté la vaccination des professionnels au-delà de 90 %.
Reste la faisabilité, que ni l’un ni l’autre camp ne peut balayer. L’obligation viserait un secteur déjà en tension de recrutement, et le décret de 2006 rappelle qu’une obligation écrite peut ne jamais entrer en application.
Série AAP
Nous suivions déjà ce chiffre : le 29 juillet 2026, AAP mesurait 22 060 postes vacants en Ehpad depuis au moins six mois, et une infirmière la nuit dans 58 % des établissements publics. C’est dans ces murs que le déploiement commencerait en premier.
À surveiller
Trois échéances tiennent le calendrier. La campagne vaccinale d’automne 2026 va relancer la discussion dans chaque établissement, alors qu’aucun texte n’aura changé d’ici là. Le gouvernement n’a pas dit s’il suivrait la HAS.
La deuxième est documentaire : le SLS demande à la HAS une motivation détaillée de son choix. La troisième est chiffrée : la prochaine mesure de couverture, celle de la saison 2025-2026, dira si la ligne des 20 % continue de descendre.
Une dernière donnée situe l’enjeu. La mortalité par grippe et pneumonies était la seule grande cause de décès en hausse en France en 2024, comme AAP le relevait à partir des données de la DREES. Le débat sur qui décide de ce qu’on injecte, et à qui, se rouvrira chaque automne tant que la ligne des 20 % ne bougera pas.
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Article créé en collaboration avec l’IA.
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