Une agricultrice en veste de travail traverse la cour d’une ferme au petit matin, un seau à la main, étable et champs brumeux en arrière-plan.

Le casting de L’amour est dans le pré compte moins de femmes que l’agriculture française

Nous avons compté les participantes des vingt et une saisons de l’émission : 54 femmes sur 262 candidats, soit 20,6 %, quand elles dirigent 26 % des exploitations agricoles françaises. L’écart se resserre, et la saison qui démarre le 17 août passe au-dessus du réel.

Sur les quatorze fermes que M6 rouvre le 17 août, quatre sont tenues par des femmes. La saison 21 de L’amour est dans le pré aligne dix agriculteurs et quatre agricultrices, et ce rapport dit quelque chose de plus large que le goût d’une production pour tel ou tel profil. Nous compilons ici la composition des vingt et une saisons diffusées depuis 2006, et nous la rapportons à la part de femmes cheffes d’exploitation mesurée par la statistique publique.

Le résultat tient en une ligne : 54 participantes sur 262 candidats en vingt et une saisons, soit 20,6 % de femmes, quand elles représentent 26 % des exploitants agricoles français au dernier recensement. Le programme a donc montré, pendant l’essentiel de son histoire, une agriculture plus masculine que la vraie. L’écart se resserre depuis, et l’édition qui démarre lundi passe pour la troisième fois au-dessus du réel.

Vingt et une saisons, 262 portraits

Le comptage est refaisable à la main : chaque édition du programme a sa fiche publique, tableau des participants et genre de chacun compris. Nous avons additionné les vingt et une listes, du premier prime de juillet 2006 à la fiche de la saison 21, dont les quatorze portraits ont été diffusés en janvier sur M6. Une réserve de méthode : la fiche de la saison 18 (2023) ne détaille que treize des quatorze profils annoncés, si bien que le total porte sur 262 participants.

Trois saisons sur vingt et une atteignent la part réelle de femmes cheffes d’exploitation (26 % au recensement 2020). Limite de méthode : la fiche de la saison 18 ne détaille que 13 des 14 participants annoncés.
Trois saisons sur vingt et une atteignent la part réelle de femmes cheffes d’exploitation (26 % au recensement 2020). Limite de méthode : la fiche de la saison 18 ne détaille que 13 des 14 participants annoncés.
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La pente est réelle mais irrégulière : aucune tendance continue, plutôt des saisons qui corrigent et des saisons qui replongent.

Part de femmes parmi les candidats de L’amour est dans le pré, saison par saison, comparée à la part de femmes à la tête d’une exploitation agricole en France.
Saison (année de lancement)Participantsdont femmesPart de femmes
Saison 1 (2006)5120,0 %
Saison 2 (2007)9111,1 %
Saison 3 (2008)10110,0 %
Saison 4 (2009)10220,0 %
Saison 5 (2010)11218,2 %
Saison 6 (2011)14214,3 %
Saison 7 (2012)14321,4 %
Saison 8 (2013)14321,4 %
Saison 9 (2014)14428,6 %
Saison 10 (2015)14321,4 %
Saison 11 (2016)14321,4 %
Saison 12 (2017)14321,4 %
Saison 13 (2018)14214,3 %
Saison 14 (2019)13323,1 %
Saison 15 (2020)13215,4 %
Saison 16 (2021)12325,0 %
Saison 17 (2022)13430,8 %
Saison 18 (2023)13323,1 %
Saison 19 (2024)12216,7 %
Saison 20 (2025)15320,0 %
Saison 21 (2026)14428,6 %
Ensemble des 21 saisons2625420,6 %
France, exploitants agricoles (recensement agricole 2020)n. d.130 20026 %
France, chefs d’exploitation ou d’entreprise (MSA, 2023)n. d.103 23624,5 %

Trois saisons seulement atteignent ou dépassent la part de femmes réellement installées à la tête d’une exploitation : 2014, 2026 (quatre candidates sur quatorze) et 2022, la saison la plus féminine des vingt et une éditions avec quatre agricultrices sur treize participants. À l’autre extrémité, la saison 2008 n’avait retenu qu’une seule agricultrice sur dix candidats. Sur les sept premières saisons, la part de femmes plafonnait à 16,4 % ; elle atteint 22,8 % sur les sept dernières.

Un exploitant sur quatre est une exploitante

Le chiffre de référence vient du recensement agricole de 2020. Le portrait des femmes exploitantes publié par le service statistique du ministère de l’Agriculture en dénombre 130 200 à la tête d’une exploitation, soit 26 % de l’ensemble des exploitants, une proportion que l’Insee décrit comme stable par rapport à 2010. La protection sociale agricole donne un ordre de grandeur voisin : la MSA recensait 103 236 cheffes d’exploitation ou d’entreprise agricole en 2023, soit 24,5 % des chefs, et 26,5 % en ne gardant que les exploitations.

Une émission qui retenait une candidate sur six à ses débuts ne prolongeait donc pas seulement l’imaginaire du paysan solitaire : elle sous-représentait un métier déjà dirigé par des femmes dans un cas sur quatre.

Ce que le casting dit du métier

Les mêmes travaux donnent une piste. Selon le recensement, 40 % des femmes exploitantes se sont installées après 40 ans, souvent au départ en retraite de leur conjoint, quand 80 % des hommes se sont installés avant 35 ans. Une émission qui cherche des célibataires croise donc une population féminine dont une partie est venue au métier par le couple. Les productions les plus féminisées (équin, ovin et caprin, viticulture) ne sont pas non plus celles que la télévision associe spontanément à une ferme.

La saison 21 l’illustre : sur les quatre agricultrices annoncées, deux élèvent des chevaux, une gère une ferme pédagogique et une dirige une exploitation. Le casting hérite de ce déséquilibre plus qu’il ne le fabrique. Il le rend surtout visible chaque été à plus de deux millions de foyers.

Pré clôturé où paissent deux chevaux, bâtiment agricole en pierre et bottes de foin à l’arrière-plan, sans personne au premier plan.
Deux des quatre agricultrices de la saison 21 élèvent des chevaux : l’équin fait partie des productions les plus féminisées du recensement agricole.

Reste la trajectoire, plus parlante que la photographie. Un programme lancé avec une candidate sur cinq en présente aujourd’hui près de trois sur dix, quand la part réelle de cheffes d’exploitation, elle, ne bouge plus. Vingt et une saisons auront suffi à la télévision pour rattraper le terrain, comme la 600e de Taratata a rattrapé son propre mythe. Le terrain, lui, attend toujours son rattrapage.

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