Un bolet sauvage au chapeau brun-rouge sur la mousse d'une forêt de montagne brumeuse, le pied légèrement bleui

Lanmaoa asiatica, le champignon qui fait voir des centaines de petits humains

Une équipe de l'université de l'Utah a mis un nom sur le champignon des « petits hommes ». Il reste à trouver la molécule qui les fait apparaître.

Sommaire
  1. Quel est ce champignon qui fait voir des petits humains ?
  2. Peut-on manger Lanmaoa asiatica ?
  3. Pourquoi la psilocybine n'y est-elle pour rien ?
  4. Pourquoi des petits humains, et pas autre chose ?

Récit

Une communauté autochtone du nord des Philippines a raconté en 2024 au doctorant Colin Domnauer ce que provoque le sedesdem mal cuit. On voit alors des petits humains par dizaines, parfois par centaines, qui tombent du bord des tables et contournent les objets comme de vrais passants.

La même vision revient au Yunnan, dans le sud-ouest de la Chine, et dans des récits de Papouasie-Nouvelle-Guinée consignés par des Occidentaux dès 1934. Une étude parue le 5 juin 2026 dans la revue Mycologia met un seul nom sur ces trois foyers : Lanmaoa asiatica, un bolet où l’équipe n’a trouvé aucune des molécules hallucinogènes connues.

Quel est ce champignon qui fait voir des petits humains ?

Colin Domnauer et le mycologue Bryn Dentinger, de l’université de l’Utah et de son muséum d’histoire naturelle, ont séquencé les génomes de 53 spécimens du genre Lanmaoa. Ils y distinguent 17 espèces, dont quatre nouvelles pour la science. Deux d’entre elles dormaient déjà dans des collections américaines. Une seule espèce fait halluciner : Lanmaoa asiatica.

Chaque région lui donne son nom : nonda en Papouasie-Nouvelle-Guinée, sedesdem aux Philippines, jian shou qing au Yunnan, littéralement « bleuit dans la main ».

Peut-on manger Lanmaoa asiatica ?

Oui, et beaucoup le font : au Yunnan, ce bolet est un comestible apprécié, vendu sur les marchés. Les visions viennent quand il est mangé insuffisamment cuit. Les hôpitaux de la province reçoivent des dizaines de cas chaque année, rapporte ScienceAlert.

« Les gens rapportent presque toujours voir des dizaines ou des centaines de petits personnages, de 3 à 30 centimètres environ, avec un détail incroyable, comme s’ils étaient vraiment là. » Colin Domnauer le résume ainsi dans le communiqué de l’université, repris par ScienceDaily le 25 octobre 2026. Environ neuf témoins sur dix décrivent des lutins, des clowns ou des figures de conte en habits colorés. L’un d’eux les a vus sauter de sa cuillère dans sa soupe pour y nager.

Pourquoi la psilocybine n’y est-elle pour rien ?

Dans les années 1950 et 1960, anthropologues et mycologues partis en Papouasie-Nouvelle-Guinée avaient réduit les suspects à quelques bolets. Des échantillons ont même été envoyés à Albert Hofmann, le chimiste suisse qui a isolé la psilocybine et découvert le LSD. Hofmann n’y a trouvé aucun composé actif.

Le génome confirme : Lanmaoa asiatica ne porte aucun gène proche de ceux qui fabriquent la psilocybine ou l’acide iboténique, les hallucinogènes classiques des champignons.

Les auteurs penchent donc pour une molécule jamais identifiée. Sauf qu’elle reste à isoler : l’étude la déduit d’une absence.

Pourquoi des petits humains, et pas autre chose ?

Les médecins connaissent ces visions sans aucun champignon. Le psychiatre français Raoul Leroy les a décrites en 1909, d’après sa propre expérience. Leur nom, hallucinations lilliputiennes, renvoie aux minuscules habitants de Lilliput, dans les Voyages de Gulliver.

Sur 226 cas d’hallucinations lilliputiennes passés en revue en 2021, 97 % situent les petits personnages dans l’environnement réel. Ce bilan, signé du psychiatre Jan Dirk Blom dans une revue systématique, rassemble 145 publications. Schizophrénie, alcoolisme et perte de la vue expliquent la moitié des cas, les maladies neurologiques 36 %.

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Parmi les mécanismes probables, la revue retient la désafférentation : privé d’une partie de ses signaux habituels, le cerveau produit ses propres images. Le syndrome de Charles Bonnet en est l’exemple connu. Selon le service de santé britannique, quand les yeux envoient moins d’informations, le cerveau compense par des hallucinations, parfois de personnes. Ni maladie mentale ni démence n’en sont la cause, et la plupart des patients savent que ces images sont fausses.

L’équipe de l’Utah rappelle que ces visions accompagnent aussi le sevrage alcoolique, la démence ou la dégénérescence maculaire. Une fois isolée, la molécule du bolet pourrait devenir « un outil très puissant » pour comprendre leurs mécanismes, selon Colin Domnauer.

Quatre-vingt-douze ans après les premiers récits de Papouasie, la molécule des petits hommes n’a toujours pas de nom.

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