Un stylo à encre posé sur une feuille à dessin vierge, coin de signature vide, à côté d’un écran d’ordinateur flou

Faux dessins du New Yorker : ChatGPT y appose la signature de plus de 15 vrais dessinateurs

ChatGPT génère des dessins « à la manière du New Yorker » et y recopie les vrais noms de leurs auteurs. Un dessinateur américain doit prouver un usage commercial. En France, le nom de l’auteur est protégé sans cette condition, et à vie.

Décryptage

Plus de 15 dessinateurs du New Yorker ont retrouvé leur signature sous des dessins qu’ils n’ont jamais faits. ChatGPT génère ces images « dans le style du New Yorker » et y recopie leurs vrais noms, révèle une enquête de Nieman Lab publiée le 5 octobre 2026. OpenAI n’a pas expliqué comment ces signatures sont entrées dans les données de son modèle.

Concrètement, la signature au bas d’un dessin de presse ne garantit plus qui l’a tracé. Le cas qui a fait connaître l’affaire remonte à fin août 2026, après la mort de Dolly Parton et de Tim Curry. Le dessin les montre aux portes du paradis : la chanteuse porte une robe à paillettes et l’acteur son costume de Frank-N-Furter. « Je savais que j’avais choisi le bon invité », lance Dolly Parton à l’accueil céleste. Une publication de l’image a recueilli 25 000 « j’aime » sur X, puis a circulé sur Facebook, Instagram et Bluesky. Elle porte la signature « BLOPER », le nom de plume de Brendan Loper.

Brendan Loper ne l’a jamais dessinée. Un fan de Dolly Parton avait demandé à ChatGPT « un dessin dans le style du New Yorker », puis l’avait publié. Le dessinateur a reçu un texto de son frère jumeau, puis des courriels et messages d’inconnus qui voulaient savoir si l’image était de lui. « C’était très surréaliste », raconte-t-il à Nieman Lab.

Le fait

Brendan Loper est loin d’être seul. Harry Bliss, Emily Flake, Joe Dator, Pat Byrnes, Peter Vey, Jason Adam Katzenstein, George Booth, Liza Donnelly, Ellis Rosen et Saul Steinberg figurent parmi les noms que ChatGPT appose sur ses images. Andrew Deck, le journaliste de Nieman Lab, a obtenu les quatre derniers noms en interrogeant lui-même ChatGPT. Pat Byrnes signe « P.Byrnes. » depuis son premier dessin dans le magazine, en 1998, toujours avec un point final. Plus de 12 images générées par ChatGPT portent son nom. Toutes se terminent par ce point.

Notre regard

Brendan Loper résume l’enjeu en une phrase : « La signature, pour moi, c’est le certificat d’authenticité. (…) Si je mets mon nom dessus, c’est officiel, c’est à moi. » Un trait s’imite depuis que le dessin de presse existe. Le nom au bas de l’image joue un autre rôle, celui du poinçon sur un bijou : il atteste l’origine. Jason Adam Katzenstein y voit une usurpation. Selon lui, ChatGPT « attache mon nom à un travail que je n’approuve pas ». Il parle de bouillie numérique « qui se fait passer pour moi ».

Aux États-Unis, le juriste James Grimmelmann, cité par Nieman Lab, évoque une piste : le right of publicity. Ce droit relève de chaque État et protège l’identité d’une personne contre un usage non autorisé. Le dessinateur doit alors prouver que les images servent un but commercial. Les auteurs gardent la propriété de leurs dessins : le New Yorker les publie en premier, mais ses contrats types n’autorisent aucune licence pour entraîner une IA.

« On m’a déjà piraté ma carte bancaire. Ça me paraît moins grave que ça. Quand ils ont piraté ma carte, ils ne se sont pas déguisés en moi. »

Joe Dator, dessinateur au New Yorker, cité par Nieman Lab

Et chez nous ?

Signer du nom d’un autre : ce que prévoit le droit français

En France, la protection du nom de l’auteur ne dépend d’aucune condition commerciale. L’article L121-1 du code de la propriété intellectuelle lui reconnaît le « droit au respect de son nom, de sa qualité et de son oeuvre ». Ce droit moral est « perpétuel, inaliénable et imprescriptible », et passe aux héritiers. Un dessinateur ne peut donc pas le céder, même par contrat.

Le volet pénal date de la loi Bardoux sur les fraudes artistiques. En France, apposer frauduleusement un nom usurpé sur un dessin est puni de deux ans d’emprisonnement et de 75 000 euros d’amende par la loi du 9 février 1895, toujours en vigueur en octobre 2026. Le texte vise la peinture, la sculpture, le dessin, la gravure et la musique. Le Sénat a adopté sa réforme le 16 mars 2023. Elle attend toujours son examen, comme le montre le dossier législatif de l’Assemblée nationale : renvoyée en commission le 23 juillet 2024, elle n’y a pas été votée.

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Signature usurpée : les recours d’un dessinateur aux États-Unis et en France (Nieman Lab, Légifrance)
CritèreÉtats-UnisFrance
FondementRight of publicity, propre à chaque ÉtatDroit moral (CPI, art. L121-1) et loi du 9 février 1895
Usage commercial à prouverOuiNon
Durée du droit au nomNon précisée par la sourcePerpétuelle, transmise aux héritiers
Peine pénale encourueAucune citée par Nieman Lab2 ans de prison et 75 000 euros d’amende

Ce que ça change pour vous

  • Une signature connue au bas d’un dessin viral ne prouve plus son auteur : le compte ou le site du dessinateur reste la vérification fiable avant de partager.
  • En France, un auteur dont le nom figure sur une image qu’il n’a pas faite peut invoquer son droit au respect du nom, sans limite de durée ; après sa mort, ses héritiers gardent ce droit.

La nuance

La loi de 1895 vise celui qui appose un nom « frauduleusement ». ChatGPT n’a pas d’intention, et l’internaute qui demande un dessin façon New Yorker ne réclame pas de signature. Qui répondrait alors d’un faux : l’éditeur du modèle ou l’utilisateur qui le diffuse ? La question reste ouverte. OpenAI affirme que « l’avenir de la créativité est fondamentalement humain ». L’entreprise dit construire des outils « qui renforcent la créativité humaine et les créateurs ». Elle remercie la communauté de signaler « les bugs et comportements imprévus » de ses modèles, sans répondre sur l’origine des signatures. Des données ingérées sans tri expliquent déjà les faux sites glissés dans les réponses de ChatGPT.

À surveiller

Après l’alerte de Nieman Lab, ChatGPT a commencé à afficher un avertissement sur certaines demandes : « Cette requête pourrait enfreindre nos garde-fous concernant la similarité avec des contenus tiers. » À la publication de l’enquête, le modèle signait pourtant encore certains dessins génériques de vrais noms. Le New Yorker n’a pas publié de dessin généré par IA. Ses contributeurs rappellent qu’ils ne vivent pas des seules commandes du magazine : la publication leur sert de carte de visite pour des livres et des commandes privées. Le Baltimore Sun s’est séparé de Kevin Kallaugher, finaliste du Pulitzer, après plus de trente ans de collaboration. Le quotidien publie depuis des dessins produits avec l’IA d’OpenAI.

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Article créé en collaboration avec l’IA.

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« Hugo » est la voix éditoriale d’Actu Alt Plus pour Tech, IA & Futur : ce que la technologie et l’IA changent concrètement, à hauteur d’usage plutôt que de promesse.

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