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Sommaire
Récit
Vous êtes artisan ou petit fonctionnaire d’un roi d’Égypte, vers 3000 avant notre ère, et votre tombe est creusée en rang serré autour de la sienne, à Abydos.
Êtes-vous mort de vieillesse, ou le jour de ses funérailles ? Sur 46 crânes de serviteurs enterrés autour des premiers rois d’Égypte à Abydos, 18 (39 %) portent des blessures à la tête potentiellement mortelles survenues autour du moment de la mort, selon une étude parue le 5 octobre 2026. Son autrice, la bioarchéologue Roselyn Campbell (université Purdue), la publie dans Frontiers in Environmental Archaeology. Elle y voit des indices sérieux de sacrifices humains. L’égyptologue Flinders Petrie soupçonnait déjà ces mises à mort dans les années 1920, sans trouver la blessure qui les prouve.
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En bref
- 18 crânes sur 46 (39 %) portent des coups reçus vers l’instant de la mort.
- Fractures du haut du crâne surtout, plus quelques coups tranchants.
- Petrie avait sans doute vu ces lésions, mais les avait prises pour l’œuvre du sol.
- L’autrice reste prudente : échantillon partiel, volonté des victimes impossible à établir.
Quarante-six crânes passés à la cire
Flinders Petrie fouille les tombes secondaires d’Umm el-Qaab, le cimetière royal d’Abydos, au début des années 1920. Autour des premiers souverains, des centaines de personnes reposent en rangées. « Chaque inhumation secondaire était une simple chambre, dans une rangée de dizaines d’autres », décrit Roselyn Campbell dans le communiqué de Frontiers. Le mobilier reste modeste : vases en céramique, outils de cuivre, pointes de projectile, figurines d’ivoire. Quelques stèles donnent un nom, parfois un titre. Ce sont surtout des fonctionnaires de rang bas ou moyen, et des artisans.
Petrie mesure environ 80 crânes, puis les enduit de paraffine, la cire des bougies, pour les conserver. Il en reste 46, rangés à Cambridge dans la collection Duckworth. La cire a laissé des couches épaisses, avec parfois du sable piégé dessous. Cire épaisse et mottes de terre masquent certains détails des crânes, note l’étude.
Ce que lisent les fractures
L’étude décrit des traumatismes périmortem. Les plus fréquents sont des fractures linéaires qui traversent la voûte du crâne, toujours sur les pariétaux, les os du sommet et des côtés de la tête. S’y ajoutent plusieurs blessures par objet tranchant : une plaie pénétrante sur le côté de la tête, un coup porté à l’œil. « Ces fractures linéaires provoqueraient vraisemblablement une perte de connaissance rapide, une hémorragie interne et la mort », résume la chercheuse.
Pourquoi personne ne les avait reconnues ? Petrie avait sans doute repéré ces fissures, mais il les a attribuées à la taphonomie, c’est-à-dire au poids du sol et des siècles. Un siècle de recherche médico-légale permet aujourd’hui de faire le tri. Comme toute méthode de l’archéologie, cette lecture a ses marges : une blessure reçue juste avant la mort ressemble à une blessure reçue juste après.
Le chiffre de 18 crânes blessés date en réalité de 2024. Roselyn Campbell l’avait livré dans un ouvrage collectif. L’article du 5 octobre en fait un cas d’école, pour inviter les chercheurs à rouvrir les vieilles collections.
Un siècle de débat, pas encore refermé
Petrie n’avait trouvé aucune blessure mortelle, mais il croyait au sacrifice : tant de tombes refermées en même temps rendaient peu probables des inhumations successives après des morts naturelles. Il imaginait des serviteurs « assommés (peut-être avec un sac de sable) et enterrés avant de revenir à eux ». En face, une autre lecture s’est installée : ces gens seraient morts naturellement, puis inhumés près de leur souverain au fil du temps. L’égyptologue George Reisner avait noté que bien des tombes secondaires avaient été scellées individuellement.
Le même débat a pris d’autres formes ailleurs : à Ur, en Mésopotamie, l’archéologue Leonard Woolley pensait que les serviteurs du cimetière royal avaient bu du poison. À Kerma, en Nubie, les os ne montrent pas de coups. Mais chaque tumulus a été refermé en une seule fois, ce qui fait du sacrifice l’explication la plus probable, selon l’étude.
« Certains serviteurs ont pu se porter volontaires pour mourir, pour atteindre la vie éternelle ou l’honneur. D’autres ont pu être choisis, voire forcés. »
Roselyn Campbell, bioarchéologue (université Purdue)
L’autrice pèse ses mots : « Il est certainement possible que certains individus soient morts paisiblement d’une autre cause », écrit-elle, une réserve que relève aussi ScienceAlert. Les 46 crânes ne représentent que 5 à 15 % des inhumés de chaque enceinte. Sans le reste des squelettes, l’âge, le sexe et d’autres blessures éventuelles échappent à l’analyse. La volonté des victimes, rappelle-t-elle, est « inconnaissable » dans les données archéologiques. Sa conclusion : l’hypothèse de Petrie « est peut-être juste », mais les rites autour de ces premiers rois étaient sans doute plus variés qu’on ne l’imaginait.
« Si j’avais des ressources illimitées, j’adorerais découvrir où se trouvent les corps de ces personnes », rêve-t-elle à voix haute. Petrie avait mesuré les os longs de 96 d’entre eux avant de les réenterrer, et ces squelettes manquent aujourd’hui à l’appel.
Questions courantes
Qu’est-ce qu’un sacrifice de serviteurs ?
C’est la mise à mort de proches d’un souverain à sa mort, pour l’accompagner dans l’au-delà. Selon l’étude de Roselyn Campbell, on pensait généralement qu’ils continueraient à l’y servir.
Autour de quels rois ces serviteurs étaient-ils enterrés ?
Les crânes étudiés viennent des tombes entourant les enceintes funéraires de Djer, Djet et Merneith, souverains de la Ire dynastie, vers 3078 à 2900 avant notre ère.
Les restes des tombes royales elles-mêmes ont-ils été étudiés ?
Une partie est conservée au Natural History Museum de Londres, mais l’étude les dit souvent indisponibles pour l’analyse.
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Article créé en collaboration avec l’IA.
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