![]()
Dans une fosse à déchets du haut Moyen Âge, les fouilleurs ont sorti huit petites pièces d’argent soudées les unes aux autres par le temps. Vingt pièces anglo-saxonnes frappées entre 899 et 955 ont été exhumées sous le jardin du Palazzo della Rovere, à Rome : première trace matérielle du quartier anglais médiéval (université de Cambridge, 30 septembre 2026). Leurs propriétaires avaient vraisemblablement dans la ville un droit refusé aux autres étrangers : payer dans leur propre monnaie.
Citer ce chiffre
Citez ce chiffre en mentionnant Actu Alt Plus :
Le chantier du Palazzo della Rovere, ouvert en 2020 à quelques pas de Saint-Pierre, a livré trente monnaies réparties dans cinq contextes archéologiques. Vingt sont anglo-saxonnes : dix-neuf pennies d’argent et un demi-penny, selon le communiqué de l’université. Les dix autres datent de l’époque romaine ou de l’Italie du Xe siècle. Deux monnaies sur trois sont donc anglaises. Elles portent les noms d’Édouard l’Ancien (899-924), d’Æthelstan (924-939) et d’Eadred (946-955), le fils puis les petits-fils d’Alfred le Grand. Les exemplaires identifiables sortent d’ateliers d’East Anglia, du Kent, de Londres et des West Midlands. « Elles ne sont pas belles, mais elles ont beaucoup à dire », résume le numismate Rory Naismith.
Sorties des ordures d’un atelier romain
Quatorze d’entre elles formaient deux amas, l’un de six pièces, l’autre de huit, agglomérés au fond de fosses à déchets. Les autres gisaient dispersées autour. Aucun des deux amas n’avait été enfoui volontairement. Les chercheurs y voient la trace d’échanges quotidiens : de la petite monnaie qui glisse d’une main, et qu’on ne revient pas chercher.
Le même secteur a livré une zone d’activité artisanale d’au moins 3 000 mètres carrés, où l’on travaillait le cuir, l’os et le métal. L’université de Cambridge en donne l’échelle : environ la moitié d’un terrain de football.
Les textes médiévaux décrivaient la schola comme un point de chute pour les pèlerins venus d’Angleterre, dans la Cité léonine, entre le Vatican et le Tibre. Les déchets d’atelier racontent un quartier habité, où l’on produisait et où l’on vendait. Le lot couvre plus d’un demi-siècle de frappe, soit deux générations de descendants d’Alfred le Grand. Peu d’argent, beaucoup de temps.
Le privilège que les autres étrangers n’avaient pas
Pour ce siècle, on ne trouve pratiquement aucune autre monnaie étrangère à Rome. Les Anglo-Saxons, selon l’université de Cambridge, ont vraisemblablement obtenu l’autorisation d’employer la leur sur place. Les Francs disposaient aussi de leur institution près de Saint-Pierre, comme les Lombards et les Frisons, mais ce sont les Anglo-Saxons qui ont laissé le plus de traces.
« On a désormais retrouvé à Rome plus de monnaies anglo-saxonnes de cette période que de monnaies papales. »
Rory Naismith, historien de la monnaie (université de Cambridge)
Le traitement de faveur ne s’arrêtait pas à la bourse. Un document papal de 1053 confirme un droit de sépulture particulier : les Anglais morts dans l’enceinte de la schola pouvaient y être enterrés. Le dossier paraît dans Rome and the Others (300-1000), volume collectif publié en 2026 chez SAP Società archeologica sous la direction de L. Spera, R. Santangeli Valenzani et R. Menna. Le chapitre sur les pièces est signé Marzia Di Mento, Rory Naismith, Valentina Pica, Filippo Salamone et Francesca Tinti.
Trois adresses et un quartier disparu
Le quartier tenait une position commode entre Saint-Pierre et le Tibre, près d’un débarcadère fluvial appelé Portus Maior. Jusqu’à cette fouille, on ne le connaissait que par des textes. « Avant cette grande découverte, nous n’avions jamais eu de vestiges matériels du quartier anglais de Rome », explique Francesca Tinti, historienne à l’université du Pays basque. Avec Rory Naismith, elle y lit la preuve que les Anglo-Saxons faisaient solidement partie de la communauté européenne.
D’ordinaire, les monnaies anciennes nous parviennent par des trésors enfouis : le catalogue des dépôts romains en recense 694, dont 40 trouvés en France. Celles du Palazzo della Rovere sortent d’une poubelle.
Le souvenir du quartier tient dans la toponymie : le Borgo, qui borde encore le Vatican, et deux adresses du bord du Tibre, Lungotevere in Sassia et Santo Spirito in Sassia. Cette église occupe l’emplacement de Santa Maria, l’église médiévale de la schola. Dans « Sassia », il y a « Saxons ».
Votre réaction :
Article créé en collaboration avec l’IA.
Les plus lus
- 1
6 prix Nobel 2026 annoncés du 5 au 12 octobre, l’heure de Paris prix par prix - 2
Ce qui change au 1er octobre 2026 : APL, gaz, franchises - 3
Prime du champion du monde de cyclisme : 8 000 € pour McNulty - 4
Mont Royal, 3 803 m de dénivelé aux Mondiaux de Montréal - 5
Qui vote pour le Ballon d’or de France Football ? 100 jurés
Nos dossiers
- Océan85
- Record du monde35
- Espace38
- Histoire90
- Famille96
- Évolution77
- Pouvoir d’achat124
- Climat121
Recevez notre sélection dans votre boîte mail
Le meilleur d’Actu Alt Plus : décryptages, chiffres et panoramas. Désinscription en 1 clic, zéro spam.

