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Vos tatouages racontent quelque chose de vous. Ceux d’une Égyptienne morte il y a trois mille ans ont attendu 2014 pour être vus. Une femme de Deir el-Médineh porte au moins 30 tatouages figuratifs, dont 9 yeux oudjat au minimum, relevés par la mission de l’Institut français d’archéologie orientale et publiés en 2017. Le village, sur la rive ouest de Louxor, abritait les artisans qui creusaient les tombes royales.
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Le torse a été repéré dans une tombe pillée, parmi des restes humains mêlés, sans nom ni titre. La peau, elle, est documentée motif par motif. L’étude est signée par la bioarchéologue Anne Austin et l’égyptologue Cédric Gobeil, alors directeur de la mission française du site (l’article du BIFAO, volume 116, 2017, p. 23-46). Le lieu aide : environ 15 000 ostraca sont sortis de ce village, pour l’essentiel des fouilles de Bernard Bruyère entre 1922 et 1951. Aucun de ces textes ne lui donne de nom.
Un inventaire dominé par l’œil oudjat
L’œil oudjat revient au moins neuf fois sur ce corps. Neuf oudjat sur une trentaine de motifs. Un seul signe pèse donc près d’un tiers des motifs relevés. Il est parfois tracé avec le hiéroglyphe nefer, « bon » : la combinaison forme l’expression « faire le bien » (synthèse de l’ARCE). Le relevé publié se lit motif par motif.
| Motif | Ce que le relevé indique | Rattachement proposé |
|---|---|---|
| Œil oudjat | Au moins 9 occurrences : gorge, épaules, dos | Protection |
| Signe nefer (« bon ») | Tracé avec l’œil oudjat | L’expression « faire le bien » |
| Babouin assis | Près du cou | Thot |
| Vache à collier ménat | Deux, sur les bras | Hathor |
| Fleur de lotus ouverte | Hanches et bas du dos | Répertoire hathorique |
Les motifs se répondent d’un bras à l’autre, de façon symétrique. Ceux qui ont été identifiés se concentrent sur deux répertoires divins : Hathor pour les vaches à collier ménat et les lotus, Thot pour les babouins.
Ce que l’infrarouge a fait apparaître
Une partie de ces dessins ne se voit pas à l’œil nu. La peau momifiée est sombre, le pigment aussi, et le contraste s’efface. En 2016, l’équipe a utilisé un capteur infrarouge, « particulièrement efficace pour contraster le pigment des tatouages sur la peau momifiée », avec des traitements d’image par décorrélation. L’encre et la peau n’absorbent pas la lumière de la même façon. À ces longueurs d’onde, situées juste après le rouge que voit un œil humain, le dessin ressort. Sur d’autres corps du village, l’infrarouge a aussi repéré des tatouages masqués par du papyrus.
« La première fois que j’ai vu les tatouages à l’infrarouge, j’ai ressenti à la fois le frisson de la découverte et la magie de cette technologie nouvelle », raconte Anne Austin, de l’université du Missouri-Saint-Louis. L’infrarouge n’est pas le seul instrument à rouvrir un dossier ancien : douze échantillons prélevés sur le suaire de Turin ont livré quatre lignées génétiques distinctes.
Pourquoi les chercheurs parlent d’un rôle rituel
Les tatouages sont placés là où d’autres les voient : la gorge, les épaules, les bras, le bas du dos. Austin et Gobeil y lisent la possibilité d’un rôle religieux tenu à Deir el-Médineh, du côté d’Hathor, et d’une femme capable d’incarner une présence divine sans passer par un prêtre. Le vocabulaire des chercheurs reste au conditionnel : femme savante ou guérisseuse magico-médicale.
Le Conseil suprême des antiquités égyptien a confirmé l’identification en octobre 2018 : une femme qui a probablement vécu entre 1300 et 1070 avant notre ère, morte entre 25 et 34 ans d’après les études scientifiques et archéologiques (compte rendu de ScienceAlert).
L’hypothèse d’un rôle rituel vient corriger une longue tradition de lecture. Le jugement porté sur les Égyptiennes tatouées a longtemps été expéditif.
« Des prostituées à la moralité douteuse. »
Louis Keimer, égyptologue, à propos des Égyptiennes tatouées, auteur d’un texte de référence sur le tatouage en Égypte ancienne, cité par l’American Research Center in Egypt
Austin et Gobeil présentent ce torse comme le premier cas publié de tatouages figuratifs en contexte pharaonique. Ils déplacent la question vers les rôles religieux que les titres officiels des femmes, au Nouvel Empire, ne mentionnent pas.
Dans le même village, l’infrarouge a depuis fait apparaître des tatouages sur sept corps momifiés, tous féminins, selon le bilan publié en 2019 par l’université du Missouri-Saint-Louis.
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Article créé en collaboration avec l’IA.
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