Bas-côté sableux d’une route de Floride planté d’asclépiades en fleur, un monarque posé sur une ombelle orange.

La Floride plante l’asclépiade au bord de ses routes, les monarques suivent

Jusqu’à 15 000 asclépiades indigènes le long des routes du nord de la Floride d’ici 2029, sur des emprises que le ministère des transports de l’État s’est engagé à gérer pour la conservation. En France, la même idée passe par la date de fauche sur les routes nationales.

Au bord des routes du nord de la Floride, des monarques fréquentent déjà les asclépiades plantées par l’équipe du Florida Museum of Natural History. Le programme prévoit jusqu’à 15 000 pieds d’asclépiade indigène le long de ces routes d’ici 2029, sur des emprises du ministère des transports de l’État. La plante est l’hôte obligé des chenilles de l’espèce. « Nous avons eu de bons résultats d’implantation, et nous avons vu des monarques utiliser les plants déjà présents sur le terrain », résume Jaret Daniels dans le communiqué du musée. Il y est conservateur des lépidoptères.

Les chenilles de monarque séquestrent les toxines de l’asclépiade, et elles ont poussé l’exercice si loin qu’elles ont perdu la capacité de manger autre chose. Deux espèces indigènes ont été retenues pour les bas-côtés : l’asclépiade des pinèdes (Asclepias humistrata) et l’asclépiade tubéreuse (Asclepias tuberosa). « Toutes deux sont des espèces de milieux secs, amatrices de sable, qu’on trouve normalement dans les pinèdes et les collines sableuses », précise le chercheur. Les jeunes plants partent en terre pendant la dormance hivernale, ce qui épargne la chaleur de l’été aux pieds comme aux équipes. Le dernier lot a germé à 98 %.

« Nous avions mené un projet d’un an pour cartographier les populations d’asclépiades indigènes le long des routes, ce qui nous a donné un point de départ », explique Jaret Daniels. « En nous associant au ministère des transports, nous essayons de combler les trous là où l’habitat convient mais où les asclépiades sont rares ou absentes. » Les plantations se concentrent sur le comté d’Alachua et cinq autres comtés du nord de la Floride.

Ce que pèsent des bords de route

Le ministère des transports de Floride a signé en 2024 un accord volontaire de conservation du monarque. Il s’y engage à gérer 10 200 acres d’emprises routières dans cet esprit, soit environ 4 128 hectares : un carré de six kilomètres et demi de côté. La subvention de départ, 150 000 dollars accordés en 2023, couvrait la sélection, la culture, la plantation et le suivi de 9 000 pieds pendant trois ans. Rapporté au plant, cela fait moins de 17 dollars, suivi compris. La prolongation du financement jusqu’en 2029 a ajouté 6 000 pieds à la commande.

« C’est une évidence », dit Jaret Daniels. « Nous n’avons pas assez de terres protégées pour maintenir les populations de pollinisateurs dans le temps, dans beaucoup d’endroits, donc nous devons regarder les milieux que nous, humains, gérons chaque jour. »

La population migratrice de l’est a reculé d’environ 80 %, celle de l’ouest de plus de 95 % depuis les années 1980, selon le service fédéral américain. Il a proposé le 12 décembre 2024 de classer le monarque comme espèce menacée. Les emprises de transport ont déjà montré qu’elles pouvaient servir la faune, comme ce pont du Colorado construit pour les grands mammifères.

Mains gantées installant un jeune plant d’asclépiade dans le sable d’un accotement, à côté d’une caissette de plants.
Les pieds sont mis en terre en hiver, pendant la dormance des plants.

Et chez nous ?

Ce que la France fait déjà sur 12 000 kilomètres

L’État étend la fauche tardive aux 12 000 kilomètres du réseau routier national non concédé, où trois ans d’essais ont montré 30 % de diversité de pollinisateurs en plus (ministère de la Transition écologique, 28 mai 2018). L’expérimentation a porté sur plus de 250 kilomètres, répartis dans six directions interdépartementales des routes.

Les zones éloignées de la chaussée sont fauchées entre la mi-août et le début novembre, une fois passée la floraison de mai à juillet. Les abords immédiats, les carrefours et les virages restent tondus deux à trois fois par an, pour la visibilité. Le Cerema range ces pratiques sous le nom de gestion différenciée.

Les gestionnaires français travaillent la date et la hauteur de coupe, quand l’équipe de Gainesville met en terre l’espèce hôte qui manque. Mis côte à côte, les deux programmes ne jouent pas sur les mêmes leviers.

Deux façons de traiter un bas-côté, poste par poste (Florida Museum of Natural History, 16 juillet 2026 ; ministère de la Transition écologique, 28 mai 2018 ; U.S. Fish and Wildlife Service, 12 décembre 2024).
PosteFloride (ministère des transports de l’État)France (réseau routier national non concédé)
Surface ou linéaire engagé10 200 acres d’emprises, soit environ 4 128 hectares, par accord signé en 202412 000 kilomètres de routes nationales
Levier principalPlantation de 15 000 asclépiades indigènes d’ici 2029Fauche repoussée entre la mi-août et le début novembre
Point de départ150 000 dollars accordés en 2023 pour 9 000 pieds sur trois ansExpérimentation de trois ans sur plus de 250 kilomètres
PérimètreLe comté d’Alachua et cinq autres comtés du nord de la FlorideSix directions interdépartementales des routes
Espèce viséeLe monarque, proposé au classement « menacé » le 12 décembre 2024Les insectes pollinisateurs sauvages, sans espèce cible
Effet constatéMonarques observés sur les plants installés, 98 % de germination du dernier lot de graines30 % de diversité d’insectes pollinisateurs en plus

Les deux travaillent une surface déjà entretenue, sans créer un mètre carré de réserve. « Les bords de route sont gérés de toute façon, alors pourquoi ne pas le faire d’une manière qui apporte davantage de bénéfices ? », plaide le chercheur floridien.

Les plantations reprennent en hiver, pendant la dormance : ni les jeunes pieds ni les équipes n’affronteront la chaleur de Floride.

Votre réaction :

Article créé en collaboration avec l’IA.

Les plus lus

  1. 1Mondiaux de cyclisme à Montréal : 273,7 km et 3 803 m de dénivelé pour trier les favorisMondiaux de cyclisme à Montréal : 273,7 km et 3 803 m de dénivelé pour trier les favoris
  2. 2Prix du roman Fnac 2026 : « C’était ça ou mourir » lauréatPrix du roman Fnac 2026 : « C’était ça ou mourir » lauréat
  3. 3Résultats des évaluations nationales 2026, dès le 21 septembreRésultats des évaluations nationales 2026, dès le 21 septembre
  4. 4Mondiaux de cyclisme : le maillot arc-en-ciel rapporte 8 000 euros, moins qu’une étape du TourMondiaux de cyclisme : le maillot arc-en-ciel rapporte 8 000 euros, moins qu’une étape du Tour
  5. 51 250 gauss sur β Pictoris b, la radio livre le champ magnétique d’une exoplanète1 250 gauss sur β Pictoris b, la radio livre le champ magnétique d’une exoplanète

Nos dossiers

Recevez notre sélection dans votre boîte mail

Le meilleur d’Actu Alt Plus : décryptages, chiffres et panoramas. Désinscription en 1 clic, zéro spam.

Avatar illustré de Élise, voix éditoriale d'Actu Alt Plus
Elise

« Élise » est la voix éditoriale d’Actu Alt Plus pour Nature, Science & Planète : le vivant, le climat et les découvertes scientifiques, expliqués simplement et sans jargon.

Articles: 403