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Essai visuel
Vous descendez sept niveaux d’escalier pour atteindre le sanctuaire, au lieu de lever les yeux vers lui. À Patan, dans le nord du Gujarat, la reine Udayamati a fait creuser en 1063 un escalier de 65 mètres qui plonge vers un puits de 30 mètres de fond, sculpté comme un temple retourné.
Le monument s’appelle Rani ki Vav, « le puits de la reine ». Udayamati l’a commandé à la mémoire de son époux, le roi chaulukya Bhimdev Ier, et le chantier a occupé une vingtaine d’années, selon un texte jaïn de 1304. Puis la rivière Saraswati a débordé. Le limon a tout avalé.
Un monument enseveli, on imagine un désastre. Ici, l’ensablement a servi de couvercle. Commandé en 1063, le puits à degrés de Rani ki Vav est resté plus de six siècles sous le limon avant d’être dégagé dans les années 1940, classé par l’UNESCO en 2014 et imprimé au dos du billet indien de 100 roupies depuis le 19 juillet 2018.
La géométrie est franche : 65 mètres de long, 20 de large, 28 de profondeur pour l’escalier, avant le puits circulaire qui poursuit plus bas. Un immeuble de neuf étages, creusé vers le bas, et dont chaque palier est un mur d’images.
On y entre par le plafond
Le principe tient en une inversion. Un temple indien s’élève ; celui-là s’enfonce. L’UNESCO le décrit comme un temple inversé qui célèbre le caractère sacré de l’eau, et l’a classé en 2014 au titre du critère (i), celui du chef-d’œuvre du génie créateur humain. Sept volées d’escaliers descendent vers le bassin, puis vers le puits lui-même : 10 mètres de diamètre, 30 mètres de fond.

La descente est aussi une machine. Le même classement retient le critère (iv) : Rani ki Vav vaut comme exemple majeur de ces systèmes de captage et de stockage de l’eau répandus dans tout le sous-continent indien. On va chercher l’eau à pied, là où elle est descendue, plutôt que de la hisser au bout d’une corde. L’escalier n’est pas un ornement, c’est la plomberie.
Six siècles sous le limon
La Saraswati a fini par recouvrir l’ouvrage, et Rani ki Vav a quitté les cartes. Des archéologues le signalent enseveli dans les années 1890. Il faut attendre les fouilles conduites sous l’État de Baroda, dans les années 1940, pour que l’escalier ressorte. Puis la restauration de l’Archaeological Survey of India, entre 1981 et 1987, pour qu’il redevienne praticable.

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Mises bout à bout, ces durées racontent le monument mieux que ses cotes. Vingt ans de chantier (« environ deux décennies », selon le ministère indien du Tourisme). Six ans de restauration. Soixante-quatorze ans entre la sortie de terre et le classement. Et au milieu, un trou de plus de six cents ans.
| Étape | Durée | Bornes |
|---|---|---|
| Chantier du puits | environ 20 ans | à partir de 1063 |
| Ensevelissement sous le limon | plus de 600 ans | jusqu’aux années 1940 |
| Restauration de l’Archaeological Survey of India | 6 ans | 1981 à 1987 |
| Des fouilles au classement UNESCO | 74 ans | années 1940 au 22 juin 2014 |
Ce que l’escalier a rendu en ressortant, ce sont surtout des murs couverts de pierre travaillée.
Cinq cents sculptures, et mille en plus
Chaque volée porte ses panneaux. Le district de Patan en compte sept, ornés de plus de 500 sculptures principales, auxquelles s’ajoutent plus d’un millier de sculptures mineures : divinités, scènes profanes, motifs géométriques, avatars de Vishnou en rang serré. Le tout repose sur 212 piliers, dans le style maru-gurjara des bâtisseurs chaulukya.

Dans toutes les poches indiennes
Le puits est ressorti de l’oubli trois fois. Le 22 juin 2014 d’abord, quand il entre au patrimoine mondial. En 2016 ensuite, quand il décroche le titre de « Cleanest Iconic Place » à la conférence indienne sur l’assainissement. Le 19 juillet 2018 enfin, quand la banque centrale indienne annonce un billet de 100 roupies lavande, 66 sur 142 millimètres, portant « le motif de Rani ki Vav » au dos.
C’est là que la comparaison mord. Pour l’euro, la Banque centrale européenne a tranché dans l’autre sens : fenêtres, portails et ponts y illustrent des styles d’époque, et les billets « ne montrent aucun monument ni aucun pont réellement existant ». Résultat, dans un portefeuille en euros, il n’y a rien à reconnaître. Dans un portefeuille indien, il y a un escalier souterrain du XIe siècle.
Gujarat Tourism, qui gère l’accueil sur place, filme cette descente mieux qu’une photo ne la rend.
Le site se visite à 125 kilomètres d’Ahmedabad, et l’office de tourisme de l’État y projette chaque soir un spectacle de lumières sur les parois, en deux créneaux de trente minutes. L’Inde est coutumière de ces dispositifs qui tiennent autant du service que du symbole, comme cette prime au bon samaritain instaurée sur ses routes.
Reste la question qu’on se pose en remontant les sept volées : combien d’escaliers sculptés dorment encore sous les rivières du Gujarat ?
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Article créé en collaboration avec l’IA.
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