Un étudiant vu de dos devant un écran d’ordinateur dans une salle informatique universitaire, un bonnet d’électrodes EEG posé sur le bureau à côté du clavier.

League of Legends muscle l’attention spatiale, le jeu de cartes moins nettement

Action ou stratégie, le bénéfice n’est pas le même : attention spatiale et mémoire de travail suivent le jeu d’action, les temps de réaction progressent dans les deux cas. Et il a fallu cent heures de jeu encadré par participant pour le mesurer.

À Chengdu, des étudiants volontaires ont joué à League of Legends une heure par jour pendant vingt semaines. Une équipe de l’Université des sciences et technologies électroniques de Chine a suivi leur cerveau à l’électroencéphalogramme, pendant que d’autres volontaires tirés au sort jouaient au jeu de cartes Legends of the Three Kingdoms, et conclut dans Brain Sciences que le genre de jeu décide de ce qui progresse.

Concrètement, les deux genres accélèrent les temps de réaction sans coûter en précision. Sur l’attention spatiale et la mémoire de travail, en revanche, le jeu d’action creuse l’écart : le groupe League of Legends gagne davantage en précision et tient un niveau supérieur sur la durée, et ses tracés EEG bougent plus. Soixante-huit étudiants sans pratique régulière du jeu vidéo ont terminé le protocole, 33 côté action et 35 côté cartes, sur 90 recrutés au départ. Âge moyen : 19,8 ans, de 18 à 22 ans, et 55 hommes sur 68.

Cent heures de jeu encadré par participant, une heure par jour et cinq jours par semaine pendant vingt semaines : c’est la dose qu’a exigée l’étude EEG parue dans Brain Sciences en décembre 2025, quand les 40 millions de joueurs français recensés par le SELL jouent, eux, sans protocole. Les mesures ont été reprises dix semaines après la fin de l’entraînement, ce qui porte le suivi à trente semaines et six séances de test, dont cinq avec électroencéphalogramme.

Le cadrage français est large : plus de sept Français sur dix jouent au moins occasionnellement selon le SELL et Médiamétrie, et AAP en publiait le portrait chiffré le 21 août. La question inverse a été traitée ici le 8 septembre, dans la série sur la dette cognitive : le MIT Media Lab y faisait passer un EEG à 54 volontaires pour mesurer ce que l’assistance logicielle retire au travail mental. Le protocole de Chengdu regarde dans l’autre sens, celui de ce qu’une pratique imposée ajoute.

Ce que chaque genre fait progresser

Les deux groupes progressent, mais l’ampleur et la durée diffèrent. Trois tâches ont servi de juge de paix, toutes passées six fois : attention spatiale distribuée, N-back spatial, conflit couleur-direction.

Ce que chaque genre fait progresser, mesure par mesure (Brain Sciences, décembre 2025).
MesureJeu d’action (League of Legends, 33 joueurs)Jeu de cartes (Legends of the Three Kingdoms, 35 joueurs)
Attention spatiale distribuéeVitesse et précision en hausse, gain de précision plus netVitesse et précision en hausse, gain plus modéré
Mémoire de travail (N-back spatial)Réponses plus rapides, niveau global supérieur sur les six séancesRéponses plus rapides, progression plus modeste
Contrôle exécutif (conflit couleur-direction)Temps de réaction nettement réduits, précision inchangéeTemps de réaction nettement réduits, précision inchangée
Ondes lentes au repos (delta, thêta)Puissance relative en hausse plus marquéePuissance relative en hausse
Connectivité de réseau en bande alphaBaisse plus marquée, écart encore significatif dix semaines après l’arrêtBaisse

La précision au test de conflit couleur-direction, elle, ne bouge significativement dans aucun des deux groupes : ce que les joueurs gagnent, ils le gagnent en vitesse.

Les ondes lentes montent, la synchronisation alpha baisse

Deux termes à déminer. L’EEG au repos enregistre les rythmes électriques du cerveau, électrodes posées sur le crâne, quand le sujet ne fait rien de particulier : il dit comment le cerveau s’organise en veille, pas comment il réussit un exercice. Les bandes delta et thêta sont les rythmes lents de ce tracé ; la bande alpha domine l’éveil calme, et sa connectivité mesure à quel point des régions éloignées y battent ensemble.

Chez les deux groupes, la puissance relative des ondes delta et thêta monte et la connectivité alpha baisse. Chez les joueurs d’action, les deux mouvements sont plus marqués, et l’écart de connectivité alpha avec le groupe cartes reste significatif dix semaines après la dernière séance imposée. Les auteurs y lisent deux chemins de plasticité distincts, le jeu d’action poussant vers une efficacité neuronale qui survit à l’arrêt de l’entraînement (résumé en anglais).

Gros plan sur un bonnet d’électrodes EEG ajusté à l’arrière d’une tête, vue de dos, dans un laboratoire.
L’EEG au repos mesure des rythmes, pas des performances : c’est le croisement avec les trois tâches qui fait le résultat.

Trois réserves, écrites par les auteurs

La répartition des participants a été tirée au sort avant les tests de départ, sans stratification sur le niveau cognitif : les deux groupes ne partaient donc pas au même niveau au N-back spatial, ce qui limite la comparabilité directe sur cette mesure, reconnaît le texte intégral. Le suivi des autres pratiques de jeu reposait sur des déclarations hebdomadaires et sur les durées de connexion des comptes, quand les participants autorisaient l’accès : les parties hors compte échappaient au comptage.

Les gains se mesurent enfin sur trois tâches de laboratoire, dans un environnement expérimental cadré. Rien dans le dispositif ne dit ce qu’ils deviennent dans un amphithéâtre ou au volant, et la charge de travail universitaire n’a pas été quantifiée pendant les dix semaines de suivi, ce qui laisse une porte ouverte sur l’interprétation de la rétention.

L’échantillon ferme la porte aux généralisations faciles : des étudiants chinois de 18 à 22 ans, en bonne santé, majoritairement des hommes. Les auteurs demandent une randomisation stratifiée et des profils plus variés avant d’étendre les conclusions aux enfants, aux seniors ou aux personnes avec troubles cognitifs. Le travail a été financé par les STI 2030-Major Projects et par le programme scientifique du Sichuan.

Votre réaction :

Article créé en collaboration avec l’IA.

Les plus lus

  1. 1Céline Dion en concert : dernières dates, horaires et billetsCéline Dion en concert : dernières dates, horaires et billets
  2. 2Moins de 4 heures de sommeil : à l’effort, le cerveau lâche avant le muscleMoins de 4 heures de sommeil : à l’effort, le cerveau lâche avant le muscle
  3. 3Vacances de la Toussaint 2026, dates par zone et outre-merVacances de la Toussaint 2026, dates par zone et outre-mer
  4. 4Halloween 2026 tombe le samedi 31 octobre, d’où vient la fête ?Halloween 2026 tombe le samedi 31 octobre, d’où vient la fête ?
  5. 5La mission MMX part pour Phobos le 19 octobre avec un rover franco-allemandLa mission MMX part pour Phobos le 19 octobre avec un rover franco-allemand

Nos dossiers

Recevez notre sélection dans votre boîte mail

Le meilleur d’Actu Alt Plus : décryptages, chiffres et panoramas. Désinscription en 1 clic, zéro spam.

Avatar illustré de Hugo, voix éditoriale d'Actu Alt Plus
Hugo

« Hugo » est la voix éditoriale d’Actu Alt Plus pour Tech, IA & Futur : ce que la technologie et l’IA changent concrètement, à hauteur d’usage plutôt que de promesse.

Articles: 436