
Sommaire
Essai visuel
Une boucle dans le grès
On imagine une piste de dinosaure comme un long voyage, sauf que celle du Colorado tient en 99 secondes.
Le banc de grès affleure à West Gold Hill, près d’Ouray, dans le sud-ouest du Colorado. Une équipe menée par Anthony Romilio, du Dinosaur Lab de l’université du Queensland, et par Paul Murphey, du muséum d’histoire naturelle de San Diego, vient d’en publier la relecture complète. Le communiqué universitaire du 10 août 2026 pose les trois chiffres du sujet : plus de 130 empreintes, 95,5 mètres de piste continue, environ 150 millions d’années.
Ce qui frappe n’est pas la longueur. C’est la forme. L’animal a décrit une boucle complète avant de reprendre sa direction initiale, une trajectoire que la synthèse de Sci.News range parmi les séquences de virage les plus continues jamais relevées chez un sauropode.
Ce que le drone rend lisible
Au sol, une piste de cette taille ne se voit pas. Elle se devine cuvette par cuvette, sur une dalle plus large qu’un terrain de tennis. L’équipe a donc photographié l’ensemble par drone, puis reconstruit un modèle 3D à la résolution millimétrique. L’étude parue dans Geomatics détaille ce que ce changement d’échelle a permis : 131 traces identifiées avec certitude sur les 134 signalées à l’origine, une réorientation cumulée de 340 degrés dans le sens antihoraire, et une sous-section en boucle qui court des traces 38 à 83, soit 37,4 % du parcours pour 34,825 mètres.
Le virage est si refermé sur lui-même que le début et la fin de ce segment ne sont séparés que de cinq millimètres, après près de 35 mètres de marche. C’est cette figure que Discover Magazine décrit comme la boucle de sauropode la plus serrée jamais enregistrée.

Les dix centimètres qui boitent
Le modèle 3D a livré une anomalie invisible à l’œil nu. Entre les pas du côté gauche et ceux du côté droit, l’écart de longueur reste d’environ dix centimètres, d’un bout à l’autre de la piste. Un écart isolé serait du bruit de mesure. Un écart constant sur 131 traces devient un signe : l’animal ménageait un côté, ou boitait. Le second indice tient à la largeur entre empreintes gauches et droites, qui passe de plutôt étroite à nettement large au fil du virage.
Les mesures brutes disent le reste. Le pas varie de 0,520 à 1,609 mètre (moyenne 0,901), l’enjambée de 0,988 à 2,500 mètres (moyenne 1,470), l’angulation du pas de 75 à 161 degrés (moyenne 109). L’empreinte mesure 0,369 mètre de long et la voie 0,502 mètre en moyenne, ce qui classe la marche en écartement large. Les auteurs rattachent la piste aux longs cous du Jurassique supérieur du Colorado, Diplodocus et Camarasaurus, sans trancher. La hauteur de hanche qu’ils estiment, 1,47 mètre, rappelle qu’une trace ne livre pas une espèce : elle livre un gabarit et une allure.
Nous chronométrons la promenade
Aucune des reprises ne donne la durée du passage. Nous la dérivons, en deux opérations que chacun peut refaire.
Première étape, la vitesse. L’étude publie une vitesse recalculée enjambée par enjambée, dont la moyenne s’établit à 3,46 km/h. Convertie en mètres par seconde, elle vaut 3 460 divisé par 3 600, soit 0,961 m/s. Deuxième étape, la division. Les 95,489 mètres de piste divisés par 0,961 m/s donnent 99,4 secondes. Une minute et 39 secondes : voilà la tranche de vie que conservent les 131 empreintes de West Gold Hill.
Le calcul a des bornes, et il faut les poser. Il suppose une marche continue, sans arrêt, à la vitesse moyenne des enjambées mesurées. Les vitesses individuelles s’étalent de 1,75 à 8,26 km/h : en retenant ces extrêmes, le même trajet tient entre 42 secondes et 3 minutes 16. Quelle que soit l’hypothèse, la séquence dure moins longtemps qu’une chanson.

Le même geste, dans l’Ain
La France possède le terme de comparaison. À Plagne, dans le Jura méridional, une piste de sauropode a été dégagée sur 155 mètres et 110 pas successifs. Le communiqué du CNRS la présente comme la plus longue du monde et la date du Tithonien inférieur, il y a environ 150 millions d’années, soit le même moment géologique que le Colorado. Les empreintes y mesurent 94 à 103 centimètres de diamètre, l’enjambée 2,80 mètres en moyenne, et l’animal, baptisé Brontopodus plagnensis, avançait à environ 4 km/h pour au moins 35 mètres de long et 35 à 40 tonnes.
Le même calcul s’y applique. 4 km/h valent 1,111 m/s ; 155 mètres divisés par 1,111 font 139,5 secondes, soit 2 minutes et 20 secondes. Additionnées, les deux pistes de sauropode les mieux documentées de la planète totalisent 239 secondes de marche : moins de quatre minutes. C’est tout ce que deux gisements exceptionnels, séparés par un océan, conservent du déplacement de ces animaux.
Un squelette donne une anatomie et une mort. Une piste donne une durée. C’est son avantage sur un os oublié en tiroir ou sur un géant thaïlandais : elle date un geste plutôt qu’une existence.
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Article créé en collaboration avec l’IA.
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