Petite fleur presque noire à trois appendices en forme de cornes, dressée dans la litière humide d'une forêt de bambous

Thismia daemona, la fleur du diable qui vit des champignons

Thismia daemona, décrite le 17 août 2026, n’a pas de chlorophylle et prend tout son carbone aux champignons du sol. Moins de cinquante pieds sont connus, sur une seule station thaïlandaise.

Sommaire
  1. Comment une fleur peut-elle se nourrir de champignons ?
  2. Trois cornes, un dôme et des étamines bleues
  3. La France a ses propres plantes sans chlorophylle
  4. Tous les pieds connus tiennent sur une seule station

Publié le 15 septembre 2026 · Mis à jour le 22 septembre 2026 à 10h20

Thismia daemona est une plante à fleur sans chlorophylle, décrite le 17 août 2026 dans la revue PhytoKeys, qui prend tout son carbone aux champignons du sol. Moins de cinquante pieds sont connus, sur moins de 0,05 kilomètre carré du parc national de Thong Pha Phum, dans l’ouest de la Thaïlande.

Comment une fleur peut-elle se nourrir de champignons ?

En se branchant sur leur réseau sans rien rendre. Ses racines coralliformes puisent dans le réseau fongique du sol le carbone dont la plante a besoin, sans y verser de sucres en retour : c’est la mycohétérotrophie. En France, la néottie nid-d’oiseau, orchidée des hêtraies, vit de la même façon.

Sous la litière d’une forêt de bambous de l’ouest thaïlandais poussait une fleur presque noire coiffée de trois cornes. Des botanistes des universités Chulalongkorn et Prince of Songkla l’ont décrite le 17 août 2026 dans la revue PhytoKeys, sous le nom de Thismia daemona : cette plante n’a pas de chlorophylle et ne fait aucune photosynthèse. Tout le carbone dont elle vit, elle le prend aux champignons du sol.

Le contrat souterrain qui régit presque tout le monde végétal s’en trouve retourné. Dans une mycorhize ordinaire, le champignon enveloppe les racines, apporte l’eau et les minéraux qu’il puise autour, et reçoit en échange une part des sucres que la plante fabrique à la lumière. Thismia daemona n’en fabrique pas un gramme. Ses racines coralliformes et duveteuses se branchent sur le réseau fongique sans rien y verser en retour, et ce prélèvement à sens unique porte un nom : la mycohétérotrophie.

Le genre Thismia, que les botanistes surnomment « lanternes de fées », fonctionne ainsi en entier : aucune de ses espèces ne photosynthétise, et toutes passent la quasi-totalité de leur existence enfouies sous les feuilles mortes, n’émergeant que pour fleurir. Tomber sur l’une d’elles relève du coup de chance, a fortiori dans une forêt de montagne saisonnièrement sèche, milieu inhabituel pour le genre. « Trouver Thismia daemona à Thong Pha Phum a vraiment été une grosse surprise », reconnaît Sahut Chantanaorrapint, coauteur de la description, dans le communiqué de l’éditeur.

Trois cornes, un dôme et des étamines bleues

La plante monte à 12,5 centimètres. Ses tépales externes, charnus, tirent sur l’orange rouge ; les internes se soudent en une mitre en dôme d’où s’élèvent trois appendices effilés de 18 à 23 millimètres, et les étamines, à l’intérieur, sont d’un bleu translucide. Deux taches orangées à la base achèvent l’illusion d’un regard. « Notre équipe a été unanime : le nom Thismia daemona capturait parfaitement son essence énigmatique et diabolique », explique le même chercheur.

Coupe de sol forestier montrant des filaments de champignon reliant les racines d'un arbre à celles d'une petite plante sans feuilles
Dans une mycorhize ordinaire, la plante paie le champignon en sucres ; ici, le compte reste ouvert dans un seul sens.

Quatre chiffres suffisent à situer l’espèce, sa taille comme sa rareté.

Une espèce décrite sur moins de cinquante pieds, dans un genre qui en compte environ 120 : la découverte est d'abord un constat de rareté. Effectif provisoire, issu de la seule population connue à ce jour.
Une espèce décrite sur moins de cinquante pieds, dans un genre qui en compte environ 120 : la découverte est d’abord un constat de rareté. Effectif provisoire, issu de la seule population connue à ce jour.
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Le rapport entre les deux derniers explique pourquoi cette station de l’ouest thaïlandais compte autant pour les spécialistes du genre.

Thismia daemona : les repères chiffrés de la description originale
RepèreValeurSource
Hauteur de la plante12,5 cmPhytoKeys 278, 17 août 2026
Longueur des appendices en corne18 à 23 mmPhytoKeys 278, 17 août 2026
Individus connusmoins de 50PhytoKeys 278, 17 août 2026
Espèces de Thismia en Thaïlande16Communiqué Pensoft, 2 septembre 2026
Espèces de Thismia décrites dans le mondeenviron 120ScienceAlert, 14 septembre 2026

La France a ses propres plantes sans chlorophylle

Le procédé n’est pas une bizarrerie tropicale. Dans les hêtraies sombres de l’Hexagone pousse la néottie nid-d’oiseau, orchidée brun pâle de 15 à 40 centimètres elle aussi dépourvue de chlorophylle : d’après la fiche du Vercors, elle s’associe à un champignon du genre Sebacina branché sur les racines d’un arbre, et récupère par ce canal les sucres que l’arbre a fabriqués. Décrite le 17 août 2026 dans PhytoKeys, Thismia daemona n’est connue que par moins de cinquante individus, quand la néottie nid-d’oiseau, plante française qui se nourrit elle aussi de champignons, compte 1 980 observations sur les seules 99 communes du Vercors. La plus ancienne de ces observations date de 1822.

Ce réseau fongique, invisible d’en haut, se jauge par des moyens très terre à terre : un slip de coton enfoui deux mois donne un index de la vie microbienne d’un sol, selon la vitesse à laquelle le tissu se dégrade.

Tous les pieds connus tiennent sur une seule station

L’espèce est provisoirement classée en danger critique d’extinction. Les individus repérés occupent une aire inférieure à 0,05 kilomètre carré, dans le parc national de Thong Pha Phum, province de Kanchanaburi, entre 950 et 970 mètres d’altitude. Les auteurs désignent le passage régulier de visiteurs dans le parc comme la menace qui pèse sur ce micro-habitat.

La position de la plante dans l’arbre généalogique du genre a été établie sur cinq marqueurs ADN : elle appartient à la section Geomitra, connue jusqu’ici de la péninsule malaise, de Bornéo et de Sumatra, dont l’aire remonte donc vers le nord. La Thaïlande compte désormais seize espèces de Thismia, sur environ 120 décrites dans le monde d’après ScienceAlert : le pays concentre 13 % des lanternes de fées connues.

Pour Sahut Chantanaorrapint, la protection de la station passera par les villages voisins : « inciter les habitants à s’approprier leur patrimoine naturel protège non seulement le micro-habitat, mais soutient aussi un écotourisme durable porté par la communauté ».

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Article créé en collaboration avec l’IA.

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Élise

« Élise » est la voix éditoriale d’Actu Alt Plus pour Nature, Science & Planète : le vivant, le climat et les découvertes scientifiques, expliqués simplement et sans jargon.

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