
L'actu qui fait du bien

L'actu qui fait du bien

La cuisine ne résout pas un conflit. Mais dans certains cadres très balisés, elle peut recréer un espace de contact, de règles partagées et de conversation possible entre voisins.
Il faut se méfier des slogans qui promettent que la cuisine “rassemble tout le monde”. Ce serait faux, et même un peu paresseux. Dans une ville sous tension comme Jérusalem, partager une cuisine n’efface ni l’histoire, ni la peur, ni les désaccords. En revanche, cela peut parfois rouvrir un espace très modeste de contact, justement parce que le cadre est concret.
Ce qui fonctionne, dans ce type d’atelier, ce n’est pas la recette miracle du vivre-ensemble. C’est le fait de faire quelque chose ensemble avec des règles simples : temps, répartition, respect, cadre associatif, sécurité, limites. Des organisations comme le Rossing Center for Education and Dialogue travaillent précisément sur cette capacité à créer des espaces de rencontre structurés dans la société locale.
La cuisine partagée a un avantage très simple : elle oblige moins à “être d’accord” qu’à coopérer sur une tâche précise. Couper, goûter, attendre, expliquer un geste, raconter un souvenir culinaire. Cela peut sembler minuscule, mais dans des contextes très polarisés, le minuscule est parfois déjà un progrès.
Des récits récents comme Rolling, projet de cuisine partagé raconté par Ynet montrent bien cette logique : deux voisines, un format ancré dans le quotidien, et une attention portée moins aux slogans qu’à la rencontre elle-même. À une autre échelle, Cooking Coexistence met aussi en avant la cuisine comme support de coopération plutôt que comme décor symbolique.

Sans encadrement, ce type d’initiative peut vite devenir trop fragile. Il faut des règles, des personnes capables de médiation, et parfois des dispositifs plus larges autour. Les rapports du Parents Circle Families Forum montrent combien les espaces de dialogue ont besoin de préparation, de continuité et de formats adaptés pour rester tenables dans la durée.
Le même principe vaut pour les initiatives plus tournées vers l’aide de proximité. La Jerusalem Foundation rappelle par exemple que des cuisines communautaires peuvent aussi soutenir autonomie, habitudes alimentaires et organisation locale. Là encore, le point important n’est pas l’image. C’est le cadre.

Il ne faut pas leur demander l’impossible. Un atelier cuisine ne “répare” pas une ville. Il ne remplace ni les négociations, ni les politiques publiques, ni les garanties de sécurité. Mais il peut produire quelque chose de plus modeste et de très concret : remettre des voisins en situation d’écoute, même brève, dans un espace non spectaculaire.
C’est peut-être pour cela que ces formats gardent de la valeur. Ils n’annoncent pas la paix en une casserole. Ils proposent simplement un endroit où l’on recommence à se parler sans devoir commencer par résoudre tout le reste. Et, dans une ville sous tension, ce n’est déjà pas rien.
Pour aller plus loin : Ukraine : des clubs de sport qui recréent du collectif, et un peu de souffle, au quotidien.