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Au Nigeria, ces femmes qui n’ont pas la terre construisent quand même une force agricole en se mettant ensemble

Quand l’accès à la terre reste verrouillé, il faut parfois commencer par autre chose qu’un grand changement de loi. Dans l’État du Plateau, la coopérative devient alors un levier très concret : mutualiser, acheter, défendre, négocier et, peu à peu, desserrer une dépendance qui paraissait immuable. L’histoire n’a rien d’abstrait. Elle commence au ras du travail collectif.

Quand une agricultrice n’a pas de terre à elle, tout devient plus fragile : investir, emprunter, planifier, transmettre ou simplement décider. Au Nigeria, dans certaines zones rurales, la première réponse ne passe pourtant pas d’abord par un grand renversement juridique. Elle passe par des femmes qui se mettent ensemble pour fabriquer, à plusieurs, une capacité d’action que chacune n’aurait pas seule. — à lire aussi : Réparer un vélo, gagner un revenu, bouger librement : dans certains camps, l’atel….

Le récent reportage du Christian Science Monitor sur la coopérative Hoomsen rejoint très bien ce que décrit la page Notre terre, notre droit : le sujet n’est pas seulement de cultiver ensemble, mais de se donner une structure capable d’ouvrir l’accès au crédit, au plaidoyer et, à terme, à des terres autrement hors de portée.

Le premier levier n’est pas toujours juridique : il est organisationnel

Ce que détaille Voice Global est très concret : renforcer la coopérative, améliorer son accès aux financements, influencer les mécanismes traditionnels qui conditionnent l’accès au foncier et sécuriser des terres pour l’usage de ses membres. Rien de spectaculaire ici, mais une vraie mécanique de desserrement.

La page de présentation de Muma A Yi Damu rappelle d’ailleurs d’où vient cette force : une association de vingt agricultrices dans un petit village, devenue structure enregistrée et capable de transformer une entraide coutumière en outil économique et politique. C’est souvent là que commence la bascule : quand le collectif cesse d’être seulement un soutien moral et devient une forme de poids réel.

Réunion de coopérative rurale avec outils de gestion et intrants agricoles.
Le premier levier n’est pas toujours la loi : c’est parfois l’organisation.

Pourquoi la question foncière reste malgré tout le cœur du sujet

Les institutions internationales insistent précisément sur ce point. La page de la FAO consacrée aux droits fonciers des agricultrices rappelle qu’un meilleur accès à la terre renforce l’investissement, la résilience, le pouvoir de négociation et l’accès à d’autres services. Autrement dit, la terre n’est pas un détail parmi d’autres. C’est souvent la charnière de presque tout le reste.

Le fait que l’Année internationale de la femme agricultrice 2026 existe et que la journée du 5 mars à la FAO ait porté explicitement sur l’accès à la justice et aux droits montre bien que cette question n’a rien de marginal. Elle structure encore une grande partie des possibilités rurales offertes aux femmes.

Parcelle cultivée collectivement par des femmes dans un paysage rural nigérian.
La coopérative desserre la dépendance par des gestes très pratiques avant même la grande réforme.

Ce que les coopératives changent déjà, avant même la grande réforme

La difficulté est connue depuis longtemps. Dans son billet sur les écarts économiques au Nigeria, la Banque mondiale rappelait que les agricultrices nigérianes produisent moins par hectare que les hommes, non parce qu’elles seraient moins capables, mais parce qu’elles disposent de moins de ressources et d’appuis. Le texte de l’IFAD sur l’accès des agricultrices à la justice et aux ressources prolonge exactement cette idée.

Un autre rappel utile vient de Reuters : les agricultrices peuvent tout à fait adopter des pratiques de résilience climatique, mais restent freinées par des obstacles structurels comme l’insécurité foncière ou l’accès limité aux ressources. C’est là que la coopérative devient intéressante. Elle ne remplace pas une réforme de fond, mais elle offre déjà un levier immédiat, très pratique, pour acheter ensemble, négocier mieux et peser un peu plus lourd qu’une voix isolée.

Article créé en collaboration avec l’IA.

Malik Aït-Brahim
Malik Aït-Brahim

Rédacteur international, diplomatie, conflits, transitions géopolitiques.
Je décrypte les rapports de force mondiaux, les crises qui façonnent demain et les dynamiques régionales souvent oubliées.
« Le monde expliqué sans bruit. »

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