Fragments de plastique minuscules en suspension dans un verre d’eau, en gros plan sous une lumière de laboratoire

Microplastiques dans l’eau : comment ils fabriquent des oxydants capables d’abîmer des cellules

Le plastique passait pour inerte. Plongés dans l’eau, ses fragments fabriquent des oxydants qui, en laboratoire, abîment des cellules. Et dans l’eau du robinet ?

Sommaire
  1. Comment un fragment de plastique fabrique-t-il des oxydants ?
  2. Pourquoi certains plastiques réagissent-ils plus que d’autres ?
  3. Faut-il s’inquiéter pour sa santé ?
  4. Microplastiques dans l’eau du robinet : combien en France ?
  5. Microplastiques dans l’eau en bouteille : que boit-on ?

Les 6 plastiques courants testés dans une étude publiée par Nature le 14 octobre 2026 produisent tous des radicaux hydroxyle au simple contact de l’eau. Contre la paroi du fragment, qui repousse l’eau, des ions présents dans le liquide perdent un électron et deviennent ces oxydants, sans aucun déclencheur ajouté. L’équipe de l’université Columbia (New York) et de l’université de Californie à Berkeley, menée par Naixin Qian et Wei Min, a testé ceux du quotidien : polypropylène, polyéthylène, PVC, polystyrène, PET des bouteilles et plexiglas.

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Ces radicaux font partie des espèces réactives de l’oxygène, des molécules instables que les biologistes associent au stress oxydatif des cellules. « Ce sont des exemples typiques des molécules capables d’endommager les tissus animaux et humains », résume Naixin Qian dans IFLScience.

Comment un fragment de plastique fabrique-t-il des oxydants ?

Tout se joue à la frontière entre le fragment et l’eau. L’article de Nature y décrit une « activité physico-chimique intrinsèque » : le plastique et l’eau qui l’entoure suffisent. Le mécanisme se décompose en 5 temps.

Comment ça marche

  1. Le plastique se fragmente

    Un objet en plastique s’use, se casse et finit en fragments de moins de 5 millimètres. Plus les morceaux sont petits, plus la surface en contact avec l’eau est grande.

  2. L’eau touche une paroi qui la repousse

    Hydrophobe, le plastique repousse l’eau : à son contact, des charges électriques négatives s’accumulent à l’interface.

  3. Les ions hydroxyde lâchent un électron

    Présents naturellement dans l’eau, les ions hydroxyde poussés contre cette paroi cèdent un électron plus facilement qu’au cœur du liquide.

  4. Ils deviennent des radicaux hydroxyle

    Privé de cet électron, l’ion hydroxyde se change en radical hydroxyle, une molécule très réactive connue pour endommager les tissus vivants.

  5. Les radicaux attaquent ce qui passe

    Ils s’en prennent aux molécules et aux cellules à leur portée.

Pourquoi certains plastiques réagissent-ils plus que d’autres ?

Parce que l’eau les mouille plus ou moins mal. Plus un polymère repousse l’eau, plus il produit de radicaux, selon les mesures publiées dans Nature. Le polypropylène et le polyéthylène réagissent davantage que le plexiglas et le PET.

En éprouvette, dans une eau brassée en continu avec du polystyrène, un colorant, le méthylorange, était détruit à près de 90 % en 10 jours. Une protéine, le lysozyme, s’agglutinait davantage au contact des microplastiques. Ajouter de la caféine, qui piège ces radicaux, freinait l’effet. Des globules rouges de souris exposés au polystyrène éclataient, d’autant plus que la surface était réactive.

Faut-il s’inquiéter pour sa santé ?

Impossible, à ce stade, de conclure pour la santé : les expériences portent sur des molécules et des cellules isolées, sans aucune mesure chez l’humain. Le mérite de l’étude est ailleurs, selon June-Woo Park, chercheur principal à l’Institut coréen de toxicologie (réaction au Science Media Centre espagnol). Plusieurs études reliaient déjà les microplastiques à des dégâts dus à ces oxydants chez des êtres vivants ; celle-ci en fournit le mécanisme, avec « des preuves et des données suffisantes ».

Sa réserve porte sur la taille : seules des particules microscopiques ont été testées, pas les nanoplastiques, plus petits qu’un micromètre et réputés plus dangereux, rappelle le chercheur. En 2019, l’Organisation mondiale de la santé estimait que les microplastiques de l’eau potable ne semblaient pas poser de risque aux niveaux mesurés. Elle jugeait déjà « extrêmement limitées » les données sur les particules les plus fines.

Et chez nous ?

Microplastiques dans l’eau du robinet : combien en France ?

Un échantillon d’eau du robinet de Toulouse contenait 413 microplastiques par litre, selon une équipe toulousaine du CNRS publiée dans PLOS Water en janvier 2025. C’est plus que 8 des 10 marques d’eau en bouteille analysées, qui allaient de 19 à 1 154 particules par litre. La moyenne des bouteilles s’établissait à 306 par litre. Passer à la bouteille ne garantit donc pas une eau moins chargée. Mais un seul prélèvement de robinet ne fait pas une moyenne nationale.

Presque toutes les particules de l’étude échappent au contrôle prévu : 98 % mesurent moins de 20 micromètres (communiqué de l’Université de Toulouse). Or la méthode européenne liée à la directive 2020/2184 sur l’eau potable s’arrête à cette taille. Les polymères les plus fréquents étaient le polyéthylène, le polypropylène, le PET et le polyamide. Les deux premiers réagissaient plus que le PET dans l’étude de Nature.

Microplastiques dans l’eau en bouteille : que boit-on ?

Bien plus de particules, dès qu’on compte les plus fines. En janvier 2024, l’équipe de Wei Min avait trouvé environ 240 000 fragments de plastique par litre dans trois marques d’eau en bouteille américaines (étude publiée dans PNAS). Sa microscopie laser repère des fragments jusqu’à 100 nanomètres. Le plastique le plus fréquent était le polyamide, un nylon qui viendrait probablement, selon les chercheurs, des filtres utilisés avant l’embouteillage. Le PET de la bouteille arrivait deuxième (Columbia Magazine).

Microplastiques par litre selon deux études aux méthodes de comptage différentes
Eau analyséeÉtudeParticules par litre
Robinet, Toulouse (un échantillon)PLOS Water, 2025413
10 marques en bouteille, minimumPLOS Water, 202519
10 marques en bouteille, moyennePLOS Water, 2025306
10 marques en bouteille, maximumPLOS Water, 20251 154
3 marques américaines en bouteille, fragments jusqu’à 100 nanomètresPNAS, 2024environ 240 000

Universcience, l’établissement public de la Cité des sciences et du Palais de la découverte, consacre une vidéo aux micro et nanoplastiques présents dans l’eau.

Vidéo : Planète plastique, Universcience (Dailymotion)

Dans l’eau en bouteille analysée par Columbia en 2024, 9 particules sur 10 étaient des nanoplastiques, la taille que l’étude de Nature n’a pas testée.

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Article créé en collaboration avec l’IA.

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Élise

« Élise » est la voix éditoriale d’Actu Alt Plus pour Nature, Science & Planète : le vivant, le climat et les découvertes scientifiques, expliqués simplement et sans jargon.

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