Un muret de béton rectiligne traverse un pré de vallée de montagne, au pied de forêts et de sommets brumeux.

Le mur de Frank Evison tient droit sur la faille Alpine depuis 1964, et c’est mauvais signe

Bâti en 1964 en travers de la faille Alpine, en Nouvelle-Zélande, le mur d’Evison est resté parfaitement droit. Cette immobilité signale une faille bloquée, qui stocke l’énergie d’un grand séisme.

Sommaire
  1. En bref
  2. Un mur fait pour se tordre
  3. Soixante ans, toujours droit
  4. En France, des failles lentes mais pas muettes
  5. Questions courantes

Récit

Un muret de béton coupe un pré de la vallée de la Maruia, sur l’île du Sud de la Nouvelle-Zélande. Le géophysicien Frank Evison l’a fait couler en 1964 en travers de la faille Alpine, frontière entre les plaques Pacifique et australienne, pour savoir si elle glissait en douceur. Six décennies plus tard, le mur est toujours parfaitement droit, raconte New Zealand Geographic. Pour les sismologues, ce mur droit signale une faille bloquée.

Une faille qui ne glisse pas accumule de la tension. Celle-ci se libère par sauts de plusieurs mètres, lors de grands séismes espacés de quelques siècles, et les scientifiques attendent la prochaine rupture de notre vivant. La faille Alpine a 75 % de probabilité de produire un séisme dans les 50 prochaines années, selon une étude de l’université Victoria de Wellington publiée en avril 2021. Les chercheurs y ajoutent quatre chances sur cinq que la secousse dépasse la magnitude 8 (programme AF8, 20 avril 2021).

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En bref

  • Bâti en 1964 en travers de la faille Alpine près du col Lewis, le mur d’Evison est resté droit, alors qu’une faille qui flue l’aurait décalé d’environ 62 centimètres.
  • Cette immobilité signe une faille bloquée, qui avance par à-coups lors des grands séismes au lieu de fluer.
  • Les sismologues néo-zélandais jugent probable une rupture majeure dans le demi-siècle qui vient.
  • En France métropolitaine, les séismes de magnitude 5 restent rares mais pas absents, comme l’a montré Le Teil en 2019.

Un mur fait pour se tordre

Le mur traverse un replat de rivière à Calf Paddock, entre Maruia Springs et Springs Junction. Il plonge à 1,4 mètre sous terre et ne dépasse que d’une cinquantaine de centimètres. Des repères en acier inoxydable, scellés dans le béton, servent de points de visée aux géomètres.

Si la faille glisse lentement et sans secousse, ce que les géologues appellent le fluage asismique, le mur se décale peu à peu et finit par se plier. Or une faille qui flue relâche sa tension au fil de l’eau et produit rarement de grands séismes, rappelle la biographie d’Evison publiée par le Science Learning Hub.

En 1964, Evison travaillait encore pour le service public de recherche néo-zélandais, le DSIR. Il devient en 1967 le premier professeur de géophysique de l’université Victoria de Wellington, puis développe des modèles de prévision des séismes. Il meurt en 2005. Son mur de Calf Paddock est toujours droit.

Chronologie

  1. Dernière grande rupture de la faille Alpine le long de la côte Ouest, estimée à magnitude 8 ou plus.

  2. Frank Evison fait construire le mur en travers de la faille, à Calf Paddock.

  3. Evison devient le premier professeur de géophysique de l’université Victoria de Wellington.

  4. Mort d’Evison.

  5. Une étude des terrasses de la Maruia confirme l’absence de fluage sous le mur.

  6. La probabilité d’un séisme sur la faille dans les 50 ans est réévaluée à 75 %.

Soixante ans, toujours droit

Le verdict scientifique est paru en 2017 dans le New Zealand Journal of Geology and Geophysics. Le géologue Langridge et ses coauteurs y mesurent au GPS les terrasses de la Maruia, décalées par la faille. Ils en tirent une vitesse minimale de 10 millimètres par an en coulissement horizontal. Leur conclusion vise directement le « mur d’Evison » : à cet endroit, la faille avance par déplacements de l’ordre du mètre, au moment des séismes.

À 10 millimètres par an depuis 1964, une faille fluante aurait décalé les deux moitiés du mur d’environ 62 centimètres. C’est la profondeur d’un plan de travail de cuisine. Le mur, lui, est resté parfaitement droit depuis 1964.

Ce glissement manquant s’accumule dans les roches jusqu’à la rupture. Sur la terrasse T2, les quatre plus grands décalages atteignent en moyenne 12 mètres, accumulés en un millénaire environ. Le total additionne plusieurs séismes de quelques mètres chacun.

Plus au sud, le long de la côte Ouest, la faille a rompu vers 1717. L’étude de 2021 s’appuie sur les sédiments de quatre lacs, qui gardent la trace de 15 séismes en 4 000 ans environ. Ces dépôts servent d’archive naturelle, sur le même principe que les coraux des Galápagos pour mille ans de températures. L’intervalle moyen entre deux ruptures y ressort à 249 ans, à 58 ans près.

Depuis 1717, il s’en est écoulé plus de 300.

Et chez nous ?

En France, des failles lentes mais pas muettes

Le 11 novembre 2019, la terre a tremblé au Teil, en Ardèche. Le séisme, de magnitude proche de 5, est né entre 1 et 3 kilomètres de profondeur seulement, selon le CNRS. La faille de la Rouvière a rompu sur environ 4 kilomètres, entre Le Teil et Saint-Thomé. Les déplacements ont atteint 30 centimètres en profondeur (rapport du CNRS-INSU, 19 décembre 2019).

Ce type de secousse reste rare en métropole : une quinzaine de séismes de magnitude 5 par siècle, d’après le CNRS. Pour s’y préparer, la France ne compte pas sur des murs-témoins. Depuis le 1er mai 2011, chaque commune est classée dans l’une des cinq zones de sismicité qui fixent les règles de construction parasismique (préfecture du Bas-Rhin).

À Calf Paddock, le mur d’Evison attend toujours de plier.

Questions courantes

Le mur d’Evison permet-il de prévoir le prochain séisme ?
Non. Il indique seulement que la faille est bloquée à cet endroit. La date d’une rupture reste imprévisible, et les sismologues raisonnent en probabilités sur plusieurs décennies.

Le mur se trouve-t-il sur la partie la plus rapide de la faille Alpine ?
Non. Il est posé sur le tronçon nord, où la vitesse de glissement diminue vers le nord-est parce qu’une partie du mouvement bascule sur les failles du Marlborough. La rupture de 1717 a touché la côte Ouest, plus au sud.

Comment connaître la zone sismique de sa commune en France ?
Le site public Géorisques indique, pour chaque adresse, la zone de sismicité de la commune et les règles de construction qui en découlent.

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Article créé en collaboration avec l’IA.

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Élise

« Élise » est la voix éditoriale d’Actu Alt Plus pour Nature, Science & Planète : le vivant, le climat et les découvertes scientifiques, expliqués simplement et sans jargon.

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