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Sur un pan d’enduit blanc du Palatin, à Rome, une main anonyme a gravé un homme à tête d’âne cloué sur une croix. Devant lui, un second personnage lève le bras vers le crucifié. Dessous, quatre lignes de grec mal alignées : « Alexamenos adore son dieu ».
Découvert en 1857 sur le Palatin, le graffito d’Alexamenos (fin du IIe ou début du IIIe siècle) compte parmi les plus anciennes représentations connues de la crucifixion, selon sa fiche de musée. Le Parc archéologique du Colisée, qui le conserve au musée du Palatin, y voit la moquerie d’un chrétien, peut-être cet Alexamenos lui-même. L’une des plus vieilles images du crucifié est donc, très probablement, une insulte.
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Une moquerie de pensionnat impérial
La pièce appartenait au Paedagogium, un bâtiment rattaché au palais des empereurs. On y formait les pages de la maison impériale, et de jeunes esclaves y faisaient leur apprentissage. Le dessin est sorti de terre en 1857, pendant le dégagement de la domus Gelotiana, selon la notice consacrée au graffito. Le fragment d’enduit a ensuite été détaché du mur pour rejoindre les collections.
Le crucifié est vu de dos, en tunique courte et sans manches. Dans le coin supérieur, un signe en forme de Y résiste aux interprétations : expression de la douleur ou fourche, les spécialistes hésitent encore. L’écriture trahit la main qui l’a tracée : le verbe « adore » y est écrit ΣΕΒΕΤΕ, là où le grec attend ΣΕΒΕΤΑΙ. Une faute d’orthographe probable, vieille de 18 siècles.
La date a longtemps flotté avant que la fourchette retenue aujourd’hui ne situe le dessin sous les Sévères, autour de l’an 200. Elle s’appuie sur la maçonnerie du mur, le style des peintures voisines, la forme des lettres et les noms gravés, parmi lesquels ne figure pas celui du graveur.
Pourquoi une tête d’âne
Apion, grammairien du Ier siècle, prétendait déjà que les juifs adoraient un dieu à forme d’âne. L’historien Flavius Josèphe lui répond point par point dans son Contre Apion. Les chrétiens, qui lisent la même Bible hébraïque, héritent de la rumeur. Le site IFLScience rappelle une piste souvent avancée : une vieille confusion avec le culte du dieu égyptien Seth.
Tertullien, auteur chrétien de Carthage, démonte l’accusation au chapitre 16 de son Apologétique. Il en attribue l’origine à Tacite, qu’il retourne aussitôt contre lui-même : Pompée, entré dans le Temple de Jérusalem, n’y avait trouvé aucune image. Puis il raconte une affaire toute fraîche survenue dans Rome : un homme qui se louait pour affronter les bêtes de l’arène promenait une image légendée « Le dieu des chrétiens, engendré d’un âne ». La figure portait des oreilles d’âne, un sabot, un livre et une toge. Le graffito du Palatin n’a donc rien d’une fantaisie isolée. Il reprend une plaisanterie qui courait alors dans Rome.
Le soupçon circule assez pour qu’un dialogue latin de la même période le mette dans la bouche d’un païen. Dans l’Octavius de Minucius Felix, c’est Caecilius qui s’en charge, au chapitre 9.
« J’entends dire qu’ils vénèrent la tête d’un âne, la plus vile des bêtes, consacrée par je ne sais quelle sotte croyance. »
Caecilius, personnage païen de l’Octavius (Minucius Felix)
« Alexamenos fidelis », la réplique
À l’époque du dessin, Rome n’a rien d’un empire chrétien. Les fidèles du crucifié forment une minorité, raillée jusque dans les dépendances du palais. Il faudra attendre la conversion de Constantin, vers 312, puis la décision de Théodose en 380, pour que cette foi devienne celle de l’État. La ville attirera ensuite des pèlerins de toute l’Europe, jusqu’à un quartier anglais au pied du Vatican.
Le Palatin a gardé une autre inscription, en grec et en latin, dans le même bâtiment : « Alexamenos fidelis ». Alexamenos le fidèle. Rien n’établit qu’il s’agisse du même homme, ni que l’auteur soit chrétien. On y lit pourtant souvent une réponse à la caricature, deux mots contre un dessin.
Elle était gravée dans la pièce voisine, au Paedagogium.
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Article créé en collaboration avec l’IA.
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