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Décryptage
Vous tapez une question dans Grok. La réponse sort d’un data center installé au sud de Memphis. Il est alimenté par des dizaines de turbines à gaz plantées de l’autre côté de la frontière d’État, à Southaven dans le Mississippi. La NAACP a demandé le 6 mai 2026 à un juge fédéral de les éteindre au motif qu’elles tournent sans permis exigé par le Clean Air Act.
Concrètement, l’infrastructure de l’IA a cessé d’être une abstraction à cet endroit précis : elle a une cheminée, un voisinage et un calendrier judiciaire. La question qu’elle pose à la France est différente, mais elle se chiffre.
Le fait
Colossus 2 est le supercalculateur que xAI fait tourner pour entraîner et servir son assistant Grok. Son électricité vient de Southaven, où sa filiale MZX Tech a aligné des turbines à gaz. Le terrain se situe à environ un mile, soit 1,6 kilomètre, d’une école élémentaire, selon le dossier d’Earthjustice, qui représente la NAACP avec le Southern Environmental Law Center.
Le 10 mars 2026, le Mississippi Environmental Quality Permit Board a autorisé 41 turbines permanentes, soit une centrale de 1,2 gigawatt appelée à remplacer les unités non autorisées en service. « Ce permis va au-delà de ce qu’exige la loi », a plaidé devant le board Brent Mayo, représentant de xAI, cité par le Mississippi Free Press. Dans la même séance, KeShaun Pearson, de Memphis Communities Against Pollution, jugeait « irresponsable » d’accélérer un permis sans examen complet.
Deux mois plus tard, la NAACP a déposé une requête d’injonction préliminaire visant 33 turbines (27 en service, puis 6 ajoutées). Le dossier chiffre les émissions annuelles potentielles de l’installation à 2 508 tonnes d’oxydes d’azote, 236 tonnes de particules fines, 837 tonnes de monoxyde de carbone et 25 tonnes de formaldéhyde. « Nous demandons au juge de faire cesser toute pollution non autorisée », résume Laura Thoms, avocate d’Earthjustice.
xAI conteste l’effet sanitaire. Ses turbines sont équipées de « technologies avancées de contrôle des émissions » et « la surveillance actuelle montre que la qualité de l’air locale continue de respecter ou de dépasser les normes de l’EPA », a répondu l’entreprise à l’AFP. L’agence rapporte par ailleurs un risque de cancer quatre fois supérieur à la moyenne nationale dans le quartier de Boxtown, voisin du premier site. Fin juillet, la société a annoncé le démantèlement des turbines temporaires d’ici juillet 2027. En juin, le ministère américain de la Justice avait demandé le rejet de la plainte au nom de la sécurité nationale.
Sur place, ce sont d’abord les vibrations qui reviennent dans les témoignages. « Le bruit, c’est 24 heures sur 24 », raconte à l’AFP Krystal Polk, dont la maison familiale jouxte le site, côté Mississippi. Côté défense, l’enjeu est posé sans détour dans un mémoire versé au dossier : une perte brutale d’alimentation « infligerait des dommages catastrophiques aux défendeurs et à des centaines de millions d’utilisateurs dans le monde », et « Grok cesserait largement de fonctionner ».
Notre regard
Ce bras de fer ne se rejoue pas à l’identique en France. Il rend pourtant lisible ce que la course à l’IA réclame vraiment : de la puissance électrique, tout de suite, au même endroit.
RTE recense environ 300 data centers déjà installés dans le pays, dont 8 raccordés directement au réseau à haute tension pour 800 mégawatts cumulés. La file d’attente, elle, a changé d’échelle : environ 80 projets avaient réservé près de 18 gigawatts de puissance de raccordement en mai 2026, contre environ 5 gigawatts pour 40 projets fin 2024.
Divisée par la puissance autorisée à Southaven, cette réservation donne un ordre de grandeur simple. Les data centers français avaient réservé 18 gigawatts de puissance de raccordement en mai 2026, soit quinze fois la centrale à gaz de 1,2 gigawatt autorisée en mars 2026 pour alimenter Colossus 2, près de Memphis.
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AAP relevait déjà ces 18 gigawatts le 30 juillet 2026 en suivant les électriciens introuvables que ces chantiers s’arrachent. Le tableau ci-dessous pose les trois ordres de grandeur côte à côte.
| Installation | Puissance | Source, date |
|---|---|---|
| Centrale à gaz autorisée à Southaven (41 turbines) | 1,2 GW | Mississippi Environmental Quality Permit Board, 10 mars 2026 |
| Data centers raccordés au réseau à haute tension en France (8 sites) | 0,8 GW | RTE, 2026 |
| Puissance réservée par les projets français (environ 80) | 18 GW | RTE, mai 2026 |
La nuance
La comparaison s’arrête vite, et c’est là que le dossier devient intéressant. À Memphis, la controverse porte sur un mode d’alimentation : des turbines privées, brûlant du gaz sur place, mises en service avant l’autorisation. En France, un data center se branche sur un réseau dont la production est très largement décarbonée. Le conflit d’usage existe, il ne porte pas sur les mêmes polluants.
Le mot qui fâche, dans le dossier américain, est « temporaire ». C’est le statut revendiqué pour les turbines installées avant permis, et c’est ce statut que la NAACP attaque devant le juge.
Reste la trajectoire. RTE table sur 15 à 20 térawattheures consommés par les data centers français en 2030, environ 3 % de la consommation nationale. En 2035, ce serait 23 à 28 térawattheures, soit 4 %. La montée en charge est lente : les sites raccordés depuis deux ou trois ans consomment environ 20 % de la puissance qu’ils ont réservée. La tension se déplace alors vers le foncier, l’eau de refroidissement et le raccordement lui-même, dans deux régions surtout, l’Île-de-France (environ 7 GW réservés) et les Hauts-de-France (environ 6 GW).
Le précédent texan rappelle que la friction n’est pas toujours électrique. À Taylor, au Texas, c’est un parc promis aux enfants qui a fini revendu à un développeur de data center.
À surveiller
L’audience sur l’injonction préliminaire était fixée au 24 août 2026 devant le tribunal fédéral du district nord du Mississippi. Elle a été reportée par un avis déposé le 21 août. Au 2 octobre 2026, aucune nouvelle date n’avait été rendue publique à notre connaissance.
Deux échéances structurent la suite américaine. D’abord le démantèlement des turbines temporaires, annoncé pour juillet 2027. Ensuite la mise en service effective des 41 turbines autorisées, encore en construction en août, avec un retard d’approvisionnement reconnu par l’entreprise. Le 1er septembre 2026, l’exploitant, qui communique désormais sous le nom SpaceXAI, disait avoir arrêté 11 de ses 69 turbines temporaires.
Côté français, le rendez-vous est comptable. Sur les 18 gigawatts réservés, la part qui deviendra un raccordement réel se lira dans les prochaines éditions du bilan prévisionnel de RTE. C’est ce chiffre-là, pas les annonces d’implantation, qui dira ce que l’IA coûte au réseau.
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Article créé en collaboration avec l’IA.
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