Empreinte fossile d’une feuille dans une roche gris clair, nervures fines visibles en gros plan

Il y a 56 millions d’années, les forêts ont perdu 61 % du feuillage

Une étude parue dans Science le 13 août 2026 mesure un effondrement de 61 % du couvert forestier lors du réchauffement d’il y a 56 millions d’années. Nous avons calculé la vitesse de cet épisode : dix fois moins de CO₂ par an qu’aujourd’hui.

61 % du feuillage en moins : c’est ce que les forêts ont encaissé lors du dernier grand réchauffement de la Terre. C’est ce que mesure une étude parue le 13 août 2026 dans la revue Science (DOI 10.1126/science.aec4776), signée Regan Dunn, du Natural History Museum of Los Angeles County, et Ellen Currano, de l’université du Wyoming.

L’épisode porte un nom : le maximum thermique du passage Paléocène-Éocène, le PETM. Il y a 56 millions d’années, un relâchement massif de carbone a réchauffé la planète de 5 à 9 °C pendant plus de 150 000 ans. Dans le bassin de Hanna, au Wyoming, l’équipe a reconstruit ce que la végétation est devenue : un couvert amputé de 61 % en quelques milliers d’années, puis stabilisé 35 % en dessous de son niveau initial pendant des dizaines de milliers d’années. Le fil de Nature qualifie ce précédent de catastrophique pour les plantes.

Ce que racontent les cellules des feuilles fossiles

La méthode tient à un détail d’anatomie. La taille des cellules de l’épiderme d’une feuille varie avec la lumière qu’elle reçoit : une feuille d’ombre et une feuille de plein soleil ne se ressemblent pas au microscope. En mesurant des milliers de ces cellules sur des fragments fossiles collectés pendant plus de dix ans, les chercheurs remontent à la densité du couvert qui se trouvait au-dessus. Le communiqué du musée détaille cette reconstruction.

Le résultat n’est pas une extinction, c’est un effondrement de structure : la forêt fermée cède la place à un paysage ouvert, dominé par des plantes basses. Il aura fallu environ 100 000 ans pour retrouver un couvert comparable à celui d’avant.

Canopée forestière clairsemée vue du sol, branches nues laissant passer une lumière crue
Au PETM, le couvert forestier a chuté de 61 % avant de se stabiliser 35 % en dessous de son niveau initial.

Quatre milliards de tonnes par an, contre 42,2 aujourd’hui

Les auteurs résument le parallèle d’une formule : nous injectons du CO₂ « un ordre de grandeur » plus vite que le PETM. Cette phrase mérite un chiffre, et ce chiffre n’existe dans aucune des deux publications. Nous l’avons calculé.

Deux données publiées suffisent. D’un côté, Nature Geoscience a établi en 2016 que le taux maximal soutenu de relâchement de carbone au PETM restait inférieur à 1,1 pétagramme de carbone par an, l’injection s’étalant sur au moins 4 000 ans. De l’autre, le Global Carbon Project chiffre 2025 à 38,1 milliards de tonnes de CO₂ pour les énergies fossiles et 4,1 milliards pour le changement d’usage des sols, soit 42,2 milliards au total.

Le calcul tient en deux opérations. On convertit d’abord le carbone en CO₂ en multipliant par 3,664, le rapport des masses molaires (44 sur 12) : 1,1 pétagramme de carbone devient 4,0 milliards de tonnes de CO₂ par an. On divise ensuite 42,2 par 4,0. Nous avons rapporté ce plafond du PETM aux émissions mondiales de 2025 : selon nos calculs, l’humanité relâche aujourd’hui environ dix fois plus de CO₂ chaque année que l’épisode d’il y a 56 millions d’années à son maximum, soit 42,2 milliards de tonnes contre 4 milliards. Et comme 1,1 pétagramme est un plafond, l’écart réel est probablement plus large.

L’épisode d’il y a 56 millions d’années a relâché au plus l’équivalent de 4 milliards de tonnes de CO₂ par an, contre 42,2 milliards pour l’humanité en 2025 : dix fois moins vite. Limite : 1,1 Pg de carbone par an est un plafond estimé, l’écart réel est donc au moins de cet ordre.
L’épisode d’il y a 56 millions d’années a relâché au plus l’équivalent de 4 milliards de tonnes de CO₂ par an, contre 42,2 milliards pour l’humanité en 2025 : dix fois moins vite. Limite : 1,1 Pg de carbone par an est un plafond estimé, l’écart réel est donc au moins de cet ordre.
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CO₂ relâché par an : maximum du PETM et émissions mondiales 2025
PériodeMilliards de tonnes de CO₂ par anSource
PETM, il y a 56 millions d’années (plafond)4,0Zeebe et al., Nature Geoscience 2016 (conversion AAP)
Monde 2025, énergies fossiles38,1Global Carbon Project 2025
Monde 2025, fossiles et usage des sols42,2Global Carbon Project 2025

Ce que le parallèle ne permet pas de dire

Trois choses ne se comparent pas, et les taire reviendrait à vendre l’analogie plus cher qu’elle ne vaut.

La durée, d’abord. Le carbone du PETM s’est déversé sur au moins 4 000 ans quand le nôtre part en quelques siècles, et la forêt du Wyoming a mis 100 000 ans à se refaire. Le point de départ, ensuite : les 5 à 9 °C du PETM se sont ajoutés à un climat qui n’était pas le nôtre, ce qui interdit de reporter tel quel le chiffre d’ampleur sur le XXIe siècle. La biosphère, enfin. Les arbres du bassin de Hanna ne sont pas ceux qui poussent aujourd’hui, et les forêts actuelles vivent dans un paysage que le Paléocène n’avait pas.

Reste ce qui se compare vraiment, et ce n’est pas mince : le volume. Selon Nature, la quantité de CO₂ relâchée au PETM équivaut à la totalité des émissions humaines attendues d’ici la fin du XXIe siècle dans un scénario pessimiste. Même masse de carbone, étalée sur des millénaires au lieu de quelques siècles. C’est exactement ce que dit le rapport de 1 à 10.

Le repère français, lui, est déjà mesurable. L’inventaire forestier national publié en octobre 2025 relève une mortalité des arbres montée à 16,7 millions de mètres cubes par an sur 2015-2023, contre 7,4 millions une décennie plus tôt, et un puits de carbone forestier tombé à 39 millions de tonnes de CO₂ par an contre 63. Le PETM n’est pas un pronostic. Il isole la variable qui décide de tout : la vitesse à laquelle un couvert forestier peut suivre. Nos articles sur le stockage des forêts primaires et sur le mélange d’espèces mesurent la même chose à l’échelle d’une vie humaine.

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Article créé en collaboration avec l’IA.

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