Coupe de l’intérieur de la Terre : la graine de fer solide au centre, cernée par le noyau liquide en fusion et le manteau rocheux.

24 heures, c’est une moyenne, et l’une des causes vit au centre de la Terre

Les 24 heures sont une moyenne. Une boule de fer logée au centre de la Terre tire sur le manteau et fait dériver la journée de quelques millisecondes : le mécanisme, les autres voleurs de millisecondes, et ce que nos horloges en font.

Sommaire
  1. De combien la durée d’une journée varie-t-elle ?
  2. Comment une boule de fer peut-elle ralentir une planète ?
  3. Qu’est-ce que ça veut dire, un noyau qui « se déforme » ?
  4. Dans quel sens tourne le noyau interne ?
  5. Le noyau est-il le seul à voler des millisecondes ?
  6. Faut-il rajouter une seconde à nos horloges ?

Décryptage

Votre journée n’a pas duré exactement 24 heures. Elle a été un peu plus longue, ou un peu plus courte, à quelques millisecondes près. Huifeng Zhang et Mathieu Dumberry, de l’Université de l’Alberta, désignent le mécanisme qui commande la part lente de ces écarts, celle qui se joue sur des décennies, dans Nature du 23 septembre 2026. Une boule de fer solide, logée au centre de la planète, tire gravitationnellement sur le manteau rocheux posé au-dessus d’elle.

De combien la durée d’une journée varie-t-elle ?

De plusieurs millisecondes, et l’écart met des décennies à se construire. Le noyau interne de la Terre fait varier la durée du jour de plusieurs millisecondes sur des cycles de 60 à 70 ans, quand la fonte des glaces l’allonge de 1,33 milliseconde par siècle depuis 2000 (Nature, 23 septembre 2026 ; PNAS, 15 juillet 2024). Les 24 heures du cadran sont une moyenne.

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Zhang et Dumberry ont croisé deux jeux d’observations. D’un côté, la rotation du noyau interne mesurée par les ondes sismiques entre 1964 et 2021. De l’autre, les écoulements du noyau liquide reconstitués jusqu’en 2019 à partir du champ magnétique terrestre.

Comment une boule de fer peut-elle ralentir une planète ?

Par la gravité, et parce que cette boule n’est pas parfaitement ronde. Le manteau, de son côté, ne répartit pas sa masse uniformément. Quand la vitesse de rotation de la graine change, ces irrégularités s’attirent. Le couple gravitationnel qui en résulte tire le manteau, donc la croûte, donc le cadran de votre montre.

Deux forces s’y opposent, à la frontière entre le noyau et le manteau : le couple électromagnétique et le couple topographique. La durée du jour est le solde de ce bras de fer. Dominique Jault et Paolo Personnettaz, de l’Institut des sciences de la Terre à Grenoble, signent le commentaire du même numéro : le couplage gravitationnel y devient l’explication de tête des variations multidécennales.

Qu’est-ce que ça veut dire, un noyau qui « se déforme » ?

Il cède sans fondre, comme un métal qui flue très lentement. L’étude chiffre la viscosité du noyau interne entre 1017 et 1018 pascals-seconde, s’il est homogène, et sa relaxation visqueuse à une dizaine d’années. Dix ans pour qu’une boule de fer solide change de forme.

La conséquence remonte plus haut que le noyau. Pour que le mécanisme tienne, le bas du manteau doit abriter des structures thermochimiques presque en flottaison neutre, avec des phases de très faible viscosité.

Dans quel sens tourne le noyau interne ?

Dans les deux sens selon l’époque, et le basculement est daté. Sur la fenêtre 1964-2021, la rotation du noyau interne par rapport au reste de la planète s’inverse aux alentours de 2010 : la graine tournait un peu plus vite que le manteau, elle tourne un peu moins vite depuis. Le résultat valide des mesures sismologiques antérieures qui restaient discutées.

Le noyau est-il le seul à voler des millisecondes ?

Non, et deux autres mécanismes sont déjà chiffrés à la milliseconde près. Le frottement des marées lunaires allonge la journée de 2,40 ± 0,01 milliseconde par siècle, sans interruption (PNAS, 15 juillet 2024). La fonte des glaces s’y ajoute : elle transporte de la masse des pôles vers l’équateur, élargit la Terre à la taille et freine sa rotation, comme une patineuse qui écarte les bras.

Front d’un glacier qui se détache en blocs dans une mer grise sous un ciel couvert.
La fonte des glaces déplace de la masse des pôles vers l’équateur, et la Terre ralentit.

Cette contribution climatique tenait entre 0,3 et 1,0 milliseconde par siècle au XXe siècle. Elle atteint 1,33 ± 0,03 milliseconde par siècle depuis deux décennies. Dans le scénario à fortes émissions, elle pourrait grimper à 2,62 ± 0,79 milliseconde par siècle en 2100, et dépasser la marée. Au rythme actuel de 1,33 milliseconde par siècle, il faudrait environ 75 000 ans pour que la journée gagne une seconde pleine. Mathieu Dumberry cosigne aussi cette étude-là.

Les ordres de grandeur se lisent côte à côte, à condition de regarder la colonne des échelles de temps.

Ce qui allonge ou raccourcit la journée
MécanismeEffet sur la durée du jourÉchelle de tempsSource
Couple gravitationnel noyau interne-manteauplusieurs millisecondes, en oscillationcycles de 60 à 70 ansNature, 23/09/2026
Frottement des marées lunaires+2,40 ± 0,01 ms par sièclecontinuPNAS, 15/07/2024
Fonte des glaces, XXe siècle+0,3 à +1,0 ms par siècletendance séculairePNAS, 15/07/2024
Fonte des glaces, depuis 2000+1,33 ± 0,03 ms par siècledeux dernières décenniesPNAS, 15/07/2024
Fonte des glaces, projection 2100, fortes émissions+2,62 ± 0,79 ms par sièclehorizon 2100PNAS, 15/07/2024

Et chez nous ?

Faut-il rajouter une seconde à nos horloges ?

Pas fin 2026, et la question elle-même pourrait disparaître avant 2035. Le bulletin C numéro 72, publié le 6 juillet 2026 par le centre d’orientation de la Terre de l’IERS, annonce qu’aucune seconde intercalaire ne sera introduite fin décembre. L’écart officiel entre temps universel coordonné et temps atomique international reste fixé à -37 secondes depuis le 1er janvier 2017. Depuis 1972, le compteur s’est arrêté à 27 secondes ajoutées en 54 ans. Le bulletin est signé à l’Observatoire de Paris, par Christian Bizouard.

En 2022, la Conférence générale des poids et mesures a décidé d’augmenter l’écart toléré entre temps universel et temps atomique, en 2035 au plus tard. Objectif affiché : supprimer des discontinuités qui menacent les réseaux de télécommunications et d’énergie.

Le texte d’application doit encore passer devant la 28e Conférence générale des poids et mesures, en 2026.

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Article créé en collaboration avec l’IA.

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« Élise » est la voix éditoriale d’Actu Alt Plus pour Nature, Science & Planète : le vivant, le climat et les découvertes scientifiques, expliqués simplement et sans jargon.

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