Sas de départ d’un marathon urbain au petit matin, coureurs serrés entre les barrières d’une large avenue, feux de circulation encore allumés au loin.

La pollution ralentit les marathoniens, et les amateurs paient six fois plus que les élites

Sur 2 756 553 arrivées des six grands marathons, c’est le dioxyde d’azote du trafic qui ralentit, pas les particules fines. Converti en minutes, l’écart d’air entre Londres et Berlin vaut dix minutes à un coureur amateur.

Sommaire
  1. En bref
  2. Le dioxyde d’azote sort devant les particules fines
  3. Ce que ça change pour un chrono de quatre heures
  4. Dix minutes d’air entre Londres et Berlin
  5. Pourquoi les lents encaissent plus
  6. Ce que l’heure de départ pourrait changer
  7. Sur les Champs-Élysées, vingt-quatre microgrammes en moyenne
  8. Questions courantes

Décryptage

Le dioxyde d’azote des pots d’échappement ralentit les marathoniens, et l’effet grossit à mesure qu’on descend le classement. Une équipe de l’université de Leicester l’établit sur près de 2,8 millions d’arrivées des six World Marathon Majors, à Berlin, Boston, Chicago, Londres, New York et Tokyo, pour les éditions courues de 2010 à 2024 (Sports Medicine – Open). Berlin donnait justement le départ de la sienne ce dimanche 27 septembre. Les particules fines, celles que les coureurs guettent dans les applications météo la veille, ne ressortent pas de leurs modèles.

Chaque microgramme de dioxyde d’azote par mètre cube mesuré le jour de la course coûte 2,12 minutes à un marathonien amateur, contre 0,34 minute à un coureur d’élite, sur 2 756 553 arrivées des six World Marathon Majors entre 2010 et 2024 (Sports Medicine – Open, 18 août 2026). Le rapport est de un à six.

En bref

  • Chaque microgramme de dioxyde d’azote par mètre cube d’air allonge le chrono de 1,43 minute chez les hommes et de 1,56 minute chez les femmes.
  • Les PM2,5 ressortent sans effet statistiquement significatif sur ces mêmes courses.
  • Berlin affiche 6,1 microgrammes de dioxyde d’azote en médiane le jour de course, Londres 10,9.
  • Un coureur du dernier décile encaisse six fois plus de minutes qu’un coureur du premier.
  • Les auteurs proposent d’avancer l’heure de départ des courses urbaines.

Le dioxyde d’azote sort devant les particules fines

Le calcul tient en deux lignes. Chaque microgramme supplémentaire par mètre cube allonge l’arrivée de 1,43 minute chez les hommes (intervalle de confiance à 95 % : 0,66 à 2,21) et de 1,56 minute chez les femmes (0,63 à 2,48). Rapporté à l’écart interquartile relevé entre les éditions, soit 5,1 microgrammes, cela donne 7,3 minutes chez les hommes et 7,9 chez les femmes.

Les PM2,5 sortent à 0,13 et 0,14 minute, avec un signe négatif et un intervalle qui traverse le zéro, donc aucun effet statistiquement établi. Le dioxyde d’azote, à l’inverse, est le marqueur direct du trafic routier, et les auteurs notent que ses concentrations sont plus basses aux heures creuses. Elles proviennent ici de la réanalyse atmosphérique européenne Copernicus, relevée entre 6 heures et 18 heures locales sur le lieu de départ, pour 75 éditions dont 2020 est absente (texte intégral).

Ce que ça change pour un chrono de quatre heures

Un homme qui vise 4 heures peut traduire l’étude sans sortir de calculette. Passer d’une édition située dans le quartile le moins chargé à une édition du quartile le plus chargé représente 5,1 microgrammes d’écart, soit environ 7 minutes : 4 h 00 devient 4 h 07. Pour une femme au même objectif, l’écart atteint 7,9 minutes, et 4 h 00 devient 4 h 08.

Ce n’est pas une fatalité de terrain, c’est une variable du jour. Deux éditions du même marathon, sur le même tracé, avec le même entraînement derrière, ne se courent pas dans le même air. Un dossard acheté un an à l’avance tombe sur la météo et sur le trafic de ce matin-là, et personne ne coche cette case au moment de l’inscription.

Dix minutes d’air entre Londres et Berlin

Les six villes ne respirent pas le même air le matin de leur course. Berlin sort à 6,1 microgrammes par mètre cube en médiane, Londres à 10,9, l’ensemble des six à 7,5. Cet écart de 4,8 microgrammes se convertit en temps dès qu’on lui applique le coefficient des coureurs récréatifs : il vaut 10,2 minutes pour un amateur et 1,6 minute pour un coureur d’élite.

Le graphique ci-dessous classe les six marathons par ce que leur air coûterait, en minutes, à un coureur du dernier décile.

Londres coûte environ dix minutes d’air de plus que Berlin à un coureur du dernier décile. Estimation appliquée aux seules médianes de dioxyde d’azote des éditions 2010-2024, les autres facteurs de course restant hors calcul.
Londres coûte environ dix minutes d’air de plus que Berlin à un coureur du dernier décile. Estimation appliquée aux seules médianes de dioxyde d’azote des éditions 2010-2024, les autres facteurs de course restant hors calcul.
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Boston, New York et Chicago se tiennent dans un mouchoir de trois minutes, quand Tokyo et Londres décrochent nettement. Londres varie aussi beaucoup d’une année sur l’autre, entre 8,7 et 14,5 microgrammes selon l’édition, là où Berlin tient entre 5,0 et 7,6.

Dioxyde d’azote médian le jour de course et minutes estimées pour un coureur amateur, éditions 2010-2024 des six World Marathon Majors
MarathonÉditions retenuesNO₂ médian le jour J (µg/m³)Écart avec BerlinMinutes estimées (coureur amateur)
Berlin146,1référence0
Boston146,6+0,51,1
New York137,3+1,22,5
Chicago137,7+1,63,4
Tokyo78,6+2,55,3
Londres1410,9+4,810,2
Ensemble des six757,5+1,43,0

Les valeurs de dioxyde d’azote sont les médianes des éditions retenues. Les minutes, elles, portent sur le seul air du jour : le relief, la température et la densité du peloton restent en dehors du calcul.

Pourquoi les lents encaissent plus

Un coureur du premier décile boucle ses 42,195 km en 217 minutes environ, un coureur du dernier décile en 310. Quatre-vingt-treize minutes de respiration en plus, dans la même ville et souvent sous le même soleil. La médiane de l’ensemble du panel s’établit à 259 minutes.

Coureurs du milieu de peloton sur un boulevard urbain, bus et voitures immobilisés derrière les barrières de la voie voisine.
Entre le premier et le dernier décile, il y a quatre-vingt-treize minutes de respiration supplémentaires.

Ramené au temps moyen de chaque groupe, l’effet passe de 0,18 % du chrono chez les coureurs du premier décile à 0,67 % chez ceux du dernier. Les auteurs décrivent une relation dose-réponse : plus l’air est chargé, plus l’arrivée s’éloigne, et l’écart se creuse vers le bas du classement. La conséquence est peu confortable pour un organisateur, puisque les coureurs les moins rapides sont aussi ceux qui restent le plus longtemps dehors.

Ce que l’heure de départ pourrait changer

Les auteurs ne s’arrêtent pas au constat. Ils proposent d’avancer l’heure de départ des courses urbaines, quand les concentrations liées au trafic sont plus basses, et de traiter la qualité de l’air comme la température et l’humidité dans la préparation d’un événement. Un départ avancé se paie ailleurs : barrières posées de nuit et bénévoles debout une heure plus tôt.

Le relief et la météo pèsent aussi, et ils expliquent d’ordinaire les records berlinois. Cette étude ne les mesure pas. Une vidéo de Brut détaille ce qui fait la vitesse du tracé allemand.

Vidéo : Brut, « Pourquoi le marathon de Berlin est le plus rapide du monde ? »

Et chez nous ?

Sur les Champs-Élysées, vingt-quatre microgrammes en moyenne

La station Airparif installée avenue des Champs-Élysées, celle que le marathon de Paris descend au départ, a mesuré 24 microgrammes de dioxyde d’azote par mètre cube en moyenne annuelle en 2024, contre 44 sur l’autoroute A1 à Saint-Denis (bilan du Grand Paris). La valeur limite annuelle est de 40 microgrammes. Ces moyennes annuelles de station ne se comparent pas directement aux médianes modélisées de l’étude, calculées sur une maille de onze kilomètres, et disent seulement où le trafic dépose son gaz.

Armoire de mesure de la qualité de l’air et sa canne de prélèvement sur le trottoir d’une large avenue parisienne bordée d’arbres, trafic flou à l’arrière-plan.
Sur l’avenue où s’élance le marathon de Paris, la moyenne annuelle de dioxyde d’azote atteignait 24 microgrammes par mètre cube en 2024.

Pour un coureur parisien, l’heure de départ est le seul de ces paramètres qu’un organisateur peut déplacer. Le tracé est fixé des mois à l’avance, la météo ne se négocie pas, le boulevard reste un boulevard.

Un départ avancé d’une heure ne se paie pas sur le chrono, seulement sur le sommeil des bénévoles des ravitaillements.

Questions courantes

Les particules fines n’ont donc aucun effet sur un chrono ?
Sur ces 75 éditions, non : les coefficients PM2,5 sont proches de zéro et leurs intervalles de confiance le traversent. L’étude ne mesure toutefois que l’exposition du jour de course, pas celle accumulée pendant les semaines d’entraînement.

Les femmes sont-elles plus touchées que les hommes ?
Les deux coefficients sont proches et leurs intervalles se recouvrent largement, donc la différence n’est pas tranchée. Le panel comptait 1 713 151 arrivées masculines et 1 043 402 arrivées féminines.

L’âge change-t-il quelque chose ?
Oui, dans le sens inverse de l’intuition. Chez les hommes de 18 à 29 ans, l’effet atteint 2,17 minutes par microgramme, contre 1,32 minute chez les 60 ans et plus. Rapporté au chrono moyen de chaque tranche, cela fait 0,87 % contre 0,45 %.

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