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Sommaire
- En bref
- La mention est sur la page, pas dans l’enquête
- Un institut sans personne dedans
- Ce qui est vendu s’appelle « AI Story Optimization »
- Ce qui est établi, et ce qui ne l’est pas
- Pourquoi ce mécanisme compte en France
- Deux empoisonnements différents, un même réflexe
- Le geste, en trente secondes
- Questions courantes
Décryptage
En bref
- Le site hanoverinstitute.com affiche en bas de sa page d’accueil : « This material is distributed by Piro, Inc. on behalf of Havas Media Germany GmbH on behalf of the Israel Government Advertising Agency (LaPam). »
- Aucun auteur, aucun salarié et aucune adresse postale n’y sont nommés, et les documents publiés sont libellés « Data Report ».
- Responsible Statecraft chiffre à 900 000 dollars la somme versée à Piro, Inc. par le gouvernement israélien, et compte plus de 100 rapports publiés depuis le 6 août 2026.
- Selon nos calculs, la douzaine d’articles rattachés à une campagne déclarée à 100 000 dollars revient à environ 8 300 dollars pièce, et cette campagne pèse 0,2 % des 46,5 millions de dollars d’une campagne d’influence antérieure citée par Politico.
- Politico dit avoir vu ChatGPT et Perplexity citer ces documents, sans que cela démontre que les réponses de ces systèmes aient été systématiquement modifiées.
- En France, 33 millions de personnes ont utilisé un service d’intelligence artificielle en mars 2026, soit 57,1 % de la population, selon l’Arcom.
- Le geste : dérouler la page source citée par l’assistant jusqu’au pied de page, et y chercher la mention de déclaration d’influence étrangère.
Vous posez une question à ChatGPT et il vous répond en citant un institut de recherche. Le nom sonne sérieux. La page d’accueil parle d’analyse de contenu et de sciences sociales computationnelles. Il faut descendre tout en bas de cette même page pour lire la ligne qui change la lecture : « This material is distributed by Piro, Inc. on behalf of Havas Media Germany GmbH on behalf of the Israel Government Advertising Agency (LaPam). » Concrètement, l’organisation qui signe les rapports déclare elle-même être diffusée pour le compte de l’agence de publicité du gouvernement israélien, et renvoie le lecteur au ministère américain de la Justice.
La mention est sur la page, pas dans l’enquête
C’est le point le plus utile de cette affaire, et il ne demande aucun outil : la mention figure sur le site lui-même, consulté le 18 août 2026. Elle est rédigée dans la formule standard des documents déclarés au ministère américain de la Justice, et se termine par « Additional information is available at the Department of Justice, Washington, DC. ». Arab News, qui résume le travail documentaire de Politico, précise que les dépôts en question relèvent du Foreign Agents Registration Act, la loi américaine d’enregistrement des agents étrangers.
Autrement dit, le document se signale de lui-même. Personne n’a eu besoin de le pirater ni de le décoder : il suffisait de faire défiler la page jusqu’en bas. C’est un geste de trente secondes, et il est reproductible sur n’importe quelle source citée par un assistant conversationnel.
Un institut sans personne dedans
Le site se décrit comme étudiant « the inputs fueling antisemitism in the United States » par « content analysis, computational social science, and other data-driven research », et affirme que ses rapports « take no policy positions ». Il n’y figure ni nom d’auteur, ni équipe, ni adresse postale. Les documents publiés portent tous la même étiquette, « Data Report », et ceux consultés le 18 août 2026 sont datés d’août 2026, dont deux du 14 août.
Cette absence de signature n’est pas un détail de présentation. Un rapport sans auteur ne peut pas être contacté, contredit ni corrigé. Il peut en revanche être cité. Responsible Statecraft, sous la signature de Nick Cleveland-Stout le 17 août 2026, rapporte que le logiciel de détection GPTZero a classé 11 des 12 articles tirés au hasard comme écrits par une IA avec un niveau de confiance « high ».
Ce qui est vendu s’appelle « AI Story Optimization »
Le même article rapporte que le prestataire, Piro, Inc., a reçu 900 000 dollars du gouvernement israélien, le travail étant sous-traité via Havas Media, et que plus de 100 rapports ont été publiés depuis le 6 août 2026. Le site de Piro décrit sa prestation comme de l’« AI Story Optimization » et revendique un contenu « engineered for how LLMs evaluate credibility », littéralement conçu pour la façon dont les modèles de langage évaluent la crédibilité.
Le procédé se lit dans la forme des documents : ton neutre, sommaire, notes de bas de page, étiquette « data report », absence de recommandation politique affichée. Ce sont les marqueurs qu’un modèle associe à une source sérieuse. Nous avons rapporté le volume publié à la durée écoulée : plus de 100 rapports mis en ligne entre le 6 et le 17 août 2026, soit onze jours, ce qui donne une cadence d’environ neuf rapports par jour selon nos calculs. Aucune rédaction humaine de cette taille n’est nommée sur le site pour l’expliquer.
Le rapport de coût est encore plus parlant une fois les deux enveloppes déclarées mises côte à côte.

Reprendre ce graphique
Réutilisez ce graphique librement sur votre site, en citant Actu Alt Plus. Copiez le code ci-dessous :
La ligne budgétaire qui vise les assistants est minuscule au regard du reste du dispositif déclaré, ce qui est précisément l’argument de vente de ce type de prestation.
| Élément | Chiffre | Source |
|---|---|---|
| Somme versée à Piro, Inc. par le gouvernement israélien | 900 000 dollars | Responsible Statecraft, 17 août 2026 |
| Rapports publiés depuis le 6 août 2026 | plus de 100 | Responsible Statecraft, 17 août 2026 |
| Campagne déclarée couvrant plus d’une douzaine d’articles du site | 100 000 dollars | dépôts FARA cités par Politico, via Arab News, 16-17 août 2026 |
| Campagne d’influence dans laquelle Havas avait engagé Clock Tower X | 46 500 000 dollars | dépôts FARA antérieurs cités par Politico, via Arab News |
| Articles tirés au hasard classés « écrits par IA », confiance élevée | 11 sur 12 | GPTZero, via Responsible Statecraft |
| Coût moyen par article de la campagne à 100 000 dollars | environ 8 300 dollars | nos calculs |
| Cadence de publication du 6 au 17 août 2026 | environ 9 rapports par jour | nos calculs |
Ce qui est établi, et ce qui ne l’est pas
La prudence fait partie de l’information. Arab News rapporte que Politico, « in its own neutral tests », a vu ChatGPT et Perplexity citer des documents du site sur des questions portant sur Gaza, l’antisionisme et l’antisémitisme. Le même article ajoute que cela « does not demonstrate that the campaign has systematically changed how those AI systems answer questions about Israel », et que rien n’établit que chaque article publié ait été produit dans ce but précis.
Ce que les documents établissent, c’est une dépense, un commanditaire déclaré, un volume et une intention commerciale écrite noir sur blanc par le prestataire. Ce qu’ils n’établissent pas, c’est un effet mesuré sur les réponses. Les deux se disent dans la même phrase, sans se confondre. Pour visualiser le mécanisme général, France 24 avait consacré un sujet à la contamination des réponses des chatbots par des contenus de désinformation.
Pourquoi ce mécanisme compte en France
L’exposition est massive et chiffrée. Le premier baromètre de l’Arcom, publié le 16 juin 2026, compte 33 millions de visiteurs uniques sur les services d’intelligence artificielle en mars 2026, soit 57,1 % de la population française, et 69,2 % des 15-24 ans en audience mensuelle moyenne en 2025. Les internautes y sont sept fois plus nombreux en avril 2026 qu’en avril 2023.
Côté État, le sujet est traité comme une question de sécurité. Dans son rapport sur la menace informationnelle liée à l’IA, VIGINUM, le service du SGDSN chargé de la vigilance contre les ingérences numériques étrangères, écrit que la prolifération de ces contenus « could lead to a sharp deterioration in the performance of AI models, as it becomes increasingly integrated with their training data ». Le même rapport documente des opérations visant le public français : diffusion de textes probablement générés par IA sur X et Tumblr par des écosystèmes de comptes aux caractéristiques inauthentiques pendant les Jeux de Paris 2024, faux sites d’information dont les articles générés par IA sont ensuite poussés vers des audiences françaises par publicité ciblée, et une vidéo manipulée usurpant un journaliste de France 24 en février 2024.
L’ordre de grandeur du rendement possible existe déjà, mesuré ailleurs. NewsGuard écrivait le 6 mars 2025 que les principaux chatbots audités reprenaient des affirmations fausses blanchies par le réseau Pravda dans 33 % des cas, pour un volume de 3 600 000 articles produits en 2024. Un site sans salarié qui publie neuf rapports par jour joue sur la même mécanique de volume.
Deux empoisonnements différents, un même réflexe
AAP a déjà décrit une autre variante, commerciale : des faux sites marchands montés pour piéger ChatGPT en mode achat, où la cible est votre carte bancaire. Ici, le commanditaire est déclaré comme étatique, le vecteur est un document d’apparence académique, et l’enjeu est l’opinion. La production de masse de pages taillées pour la crédibilité perçue par un modèle reste commune aux deux. Le réflexe utile aussi, comme lorsque l’ANSSI et le CERT-FR ont mis en garde sur les agents IA et l’injection de prompt.
Le geste, en trente secondes
Voici la manipulation à faire quand une réponse d’assistant cite une source que vous ne connaissez pas. Un, ouvrir le lien plutôt que de lire le résumé. Deux, aller directement au pied de page et y chercher une mention de distribution, d’agent étranger ou de dépôt auprès d’une administration. Trois, chercher la page « équipe » ou « à propos » et vérifier qu’un être humain est nommé, avec une adresse. Quatre, regarder la date et la cadence : des dizaines de documents publiés en quelques jours par une structure sans personnel affiché sont un signal en soi. Cinq, si la réponse ne cite aucune source, redemander explicitement les sources à l’assistant, puis recommencer.
Cette vérification ne demande ni compte payant ni compétence technique. Elle vaut pour ce cas et pour les suivants, parce que la mention légale, quand elle existe, est publiée par celui-là même qui finance.
Questions courantes
Comment savoir qui finance un site cité par une IA ?
Descendre en bas de la page d’accueil et chercher une mention de distribution ou de déclaration d’agent étranger. Sur hanoverinstitute.com, elle nomme Piro, Inc., Havas Media Germany GmbH et l’agence de publicité du gouvernement israélien (LaPam), et renvoie au ministère américain de la Justice.
Est-il prouvé que ChatGPT a changé ses réponses ?
Non. Politico dit avoir vu ChatGPT et Perplexity citer ces documents dans ses propres tests, et Arab News précise que cela ne démontre pas que la campagne a systématiquement changé la façon dont ces systèmes répondent aux questions sur Israël.
En quoi est-ce différent des faux sites marchands ?
Le vecteur commercial vise le portefeuille avec de fausses boutiques. Ici, le vecteur est un document d’apparence académique et l’enjeu est l’opinion. La mécanique commune est la production en masse de pages que les modèles jugent crédibles.
Combien de personnes sont concernées en France ?
L’Arcom a compté 33 millions de visiteurs uniques sur les services d’intelligence artificielle en mars 2026, soit 57,1 % de la population, et 69,2 % des 15-24 ans en audience mensuelle moyenne en 2025.
Que surveille l’État français sur ce terrain ?
VIGINUM, service rattaché au SGDSN, a publié un rapport sur la menace informationnelle liée à l’intelligence artificielle. Il y écrit que la prolifération de ces contenus pourrait dégrader fortement les performances des modèles à mesure qu’ils s’intègrent à leurs données d’entraînement.
Votre réaction :
Article créé en collaboration avec l’IA.
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